Mouvements picturaux figuratifs

Le réalisme pondéré du Biedermeier

biedermeier-categorieINTRODUCTION

En histoire de l’art, le terme Biedermeier a été entériné vers la seconde moitié du 19e siècle et concernera, dans les États de la Confédération germanique et dans l’Empire d’Autriche, la période entre 1815 (Congrès de Vienne) et 1848 (Révolution de mars 1848). Il concernera également une école danoise acquise à ce style. Pris dans un sens très large, le Biedermeier, c’est un mouvement culturel apolitique quoique légèrement conservateur, consécutif à l’époque post-napoléonienne qui avait engendré pessimisme et désenchantement, où toute une génération d’opprimés rechercha refuge dans une vie idyllique, simple et recentrée autour du cocon familial et mû par de saines valeurs.
Lorsqu’en octobre 1813 Napoléon 1er perdit la bataille de Leipzig, Friedrich Gentenz écrivit dans le journal officiel de Prague « Tout le monde peut maintenant soupirer de soulagement, la vie retrouve sa beauté, la jeunesse ses espérances, les vieux la sécurité de leurs propriétés, la victoire marque le passage des sacrifices à la sérénité et la joie ». Cette guerre durait depuis 1792, l’origine en était cette foutue « Liberté française sans frein » issue des idées subversives et révolutionnaires de 1789 au nom de l’égalité des citoyens et des peuples, qu’on qualifiait alors de « furie de la plèbe dévastatrice ». Vous l’aurez compris, pour les « progressistes » d’alors, remplis d’idéaux, la période du Biedermeier, représentait la stagnation, le despotisme des princes et des empereurs, l’ordre moral et la répression des asociaux. Pour le peuple (notables, petits commerçants, roturiers, paysans ou ouvriers), c’était au contraire une époque de tranquillité où la paix régnait, la morale et la vertu remises au goût du jour par un empereur paternaliste. Comment ne pas voir dans cette situation historique un parallèle saisissant avec notre propre époque, vouée aux droits de l’hommiste, au libéralisme mortifère, aux frontières détruites et qui voit le patriotisme, les traditions régionales et les nationalismes (le fameux populisme) revenir au grand galop pour sauver ce qui reste à sauver dans nos nations européennes lessivées par quarante années d’errances idéologiques « romanesques » et de « générosité irrationnelle ».

Ironie du sort, c’est en pleine période du Biedermeier qui l’État « paternaliste » acquiert à Prague de nombreux terrains et lance un chantier monumental qui va transformer la ville (digues, hauts parapets, avenues arborées, et routes pavées, font partie des travaux, mais aussi des jardins publics, des théâtres populaires, des cafés ou des gargotes pour distraire le peuple méritant…) . L’économie devient florissante et la ville attire de plus en plus de monde grâce à ses débouchés pléthoriques. Prague comptait plus de 100.000 habitants et Vienne 250.000 au début des années 1820. Ces villes avaient tellement de succès que l’on construisait en périphérie à tout va (usines aussi bien que de l’habitat populaire).

Le « Biedermeier », dont il est question,  a pour origine le pseudonyme d’un personnage populaire (dénommé Gottlieb Biedermeier) à la connotation négative publié dans le magazine Fliegende Blätter. Le mot « Biedermann » se traduit par personne honnête et simple et le nom « Maier » réuni en fit son origine : « Biedermeier. » Un juriste (Ludwig Eichrodt) et un médecin (Adolf Kussmaul), tous deux acquis aux idées de la révolution, s’en servir pour parodier les poèmes insignifiants d’un instituteur érigé en symbole de la bourgeoisie moyenne. Les poésies très « fleur bleue » de cet héros totalement fictif, qui aimait l’ordre et était respectueux des autorités, les amusèrent au point d’en tirer la matière d’un feuilleton à succès. Au fil du temps, ce journal militant fut remplis de caricatures destinées à railler les braves gens acquis aux bienfaits du Biedermeier.

Contexte historique :

Sous l’influence des Girondins à l’Assemblée nationale, les idées de la Révolution française sont exportées dans les pays européens. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est une de ces grandes idées de la Révolution qui s’est répandue dans l’ensemble de l’Europe. Les défaites de Napoléon 1er, de 1812 retraite de Russie, la bataille de Leipzig de 1813 (dite « bataille des nations ») puis la campagne de France de 1814 aboutissent à l’abdication de l’empereur le 6 avril 1814, qui est exilé sur l’île d’Elbe. Enfin en 1815 à Waterloo, Napoléon subit sa dernière défaite et est, cette fois, déporté à l’île de Sainte-Hélène où il finit ses jours, en 1821. Ces événements engendreront en Europe des mouvements nationalistes décisifs. Les peuples opprimées manifestèrent partout en Europe et donnèrent naissance au nationalisme et à l’émergence de nations autonomes. Au lendemain de la défaite de Napoléon, les vainqueurs (les princes qui ont vaincu Napoléon), par peur des mouvements révolutionnaires, vont réorganiser leurs frontières et ils se réunissent, c’est le congrès de Vienne de 1815, afin de redessiner la carte de l’Europe. Le but du congrès est d’ordre politique et idéologique : il s’agit de revenir à un équilibre européen, de rendre la souveraineté aux anciennes familles régnantes, et d’effacer un quart de siècle de bouleversements révolutionnaires. L’objectif implicite est de ressusciter l’Europe du XVIIIe siècle. Ces résolutions et ce nationalisme furent à l’origine de l’unification de l’Italie et de l’Allemagne, du royaume des Pays-Bas (unifiant Belgique et Hollande). La Russie acquiert les deux tiers de la Pologne et la Finlande. L’Autriche reprend le Tyrol, annexe les provinces illyriennes et s’empare de l’Italie du Nord. La France, grande perdante de la guerre, perd des territoires et est ramenée à ses frontières de 1789. Elle subit une armée d’occupation durant 5 ans, perd aussi une partie de ses colonies, est obligée de payer un lourd tribu et doit rendre les œuvres volées pendant les campagnes. En 1848, les grandes utopies et les courants précurseurs du socialisme se réveillent de nouveau et en Europe centrale (Autriche, Hongrie, etc.), ces affrontements idéologiques dégénérèrent en conflits sur des revendications autonomistes dites du « Printemps des peuples », c’est aussi l’époque du grand courant « le romantisme » porteur de ces idéaux, dont la grande figure française est Chateaubriand. En France le roi Charles X du abdiquer et cela donna naissance à une nouvelle République celle de Louis Philippe, supplantée, à son tour, par le second empire du neveu de Napoléon 1er.

Les valeurs du Biedermeier :
le culte de la famille et du sens civique dans un corps et un esprit sain.

La déception qui régnait après les guerres de libération et toutes les contraintes imposées à la bourgeoisie dans le cadre de la restauration ont poussé les bourgeois à se retirer dans leur sphère privée et à s’identifier dans un art de vivre différent de la période précédente, C’est la recherche des certitudes de la vie, la recherche d’un refuge, l’attention pour les choses qui se trouvent dans l’entourage immédiat de l’homme, C’est de cette époque que naît ce style Biedermeier, Très délaissé par les historiens officiels qui la jugeaient trop prosaïque et moralisante.

La bourgeoisie, mais aussi le peuple, étaient désireux d’être plus instruits et de monter dans l’échelle sociale. Les valeurs familiales et de l’amitié, constituaient une base sociale de premier ordre pour tous les individus en phase d’ascension. Le culte des vertus familiales était au centre de l’âme Biedermeier et cela se voyait dans les thématiques abordées en peinture. Dans le code civil autrichien de 1811, il était précisé que les parents devaient faire tous le nécessaire pour donner une éducation physique et intellectuelle la meilleure possible à leurs enfants.

Les soins du corps et la santé devinrent des vertus recherchées, d’où la création de nombreux centres de cure thermale. C’est Vinzenz Priessnitz, né en 1799 à Gräfenberg en Silésie autrichienne qui, jeune, avait observé comment un chevreuil qui s’était cassé une patte, s’était rétabli en trempant sa patte dans l’eau fraîche d’une source. Vincent commença par soigner les animaux des voisins, puis les habitants de Gräfenberg. Il appliquait des compresses d’eau froide; il douchait les malades avec un arrosoir, il les installait dans un baquet rempli d’eau froide et les massait ; il les enveloppait dans un drap mouillé et les faisait transpirer jusqu’à évacuation de la maladie. Puis avec le succès, il embaucha du personnel…

Pratique du « drap mouillé » de Vinzenz Priessnitz . Le malade est entortillé dans un drap mouillé et doit rester immobile plusieurs heures, jusqu’à ce qu’il transpire à grandes eaux…

A Gräfenberg, les soins par l’eau était complétés par une hygiène de vie. Il fallait manger sainement, respirer l’air pur, faire de l’exercice et transpirer. La réussite de Priessnitz attira l’attention des puissants. Le prince de Nassau fit construire une route carrossable pour desservir Gräfenberg. L’archiduc Franz Carl rendit visite à Priessnitz et en fit l’éloge en haut lieu. L’empereur, même, remit une médaille à Priessnitz et ses encouragements permirent l’ouverture d’une maison de soins qui accueillit 1500 patients par an, venus de toute l’Europe !

Dans les arts appliqués (intérieurs, vêtements, mobiliers, objets, bijoux, etc)

Initialement adopté pour les Arts décoratifs et principalement l’ameublement, le Biedermeier, s’imposera ensuite en littérature, peinture, mais aussi en musique. En arts appliqués, c’est un style au dessin net, à la fonctionnalité évidente et qui correspondait aux concepts de la vie pratique et qui, grâce à son rationalisme et à son élégance, est devenu précurseur de la modernité. L’homme de cette période préfère aux changements et tournants historiques l’idée de la stabilité, de la continuité, des retours cycliques et de l’ordre supérieur. Il se considère comme faisant partie d’un ordre auquel il doit se soumettre et qu’il ne doit pas violer.»

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A gauche, « gobelet avec vue sur la cour du château de Hofburg de Vienne ». 1825, verre incolore, taillé et peint en couleurs transparentes et or par Anton Kothgasser.
A droite, « gobelet avec vue du dôme de Saint-Étienne de Vienne », même procédé, par le même artiste.

Décoration d’intérieur et habitat…

Dans l’habitat, le Biedermeier s’oppose à la somptuosité du style Empire (qui se réfère à l’antiquité classique) avec des formes plus sobres et des matériaux nobles aux surfaces lisses et polies et à l’absence d’ornements inutiles. Par sa simplicité, il inspira même l’art nouveau. Les bois clairs ont la préférence, pour mieux faire ressortir une marqueterie réalisée avec art (spécialité de ce style). Le décor est discret : pilastres, colonnes, palmettes et motifs floraux font parti des éléments de choix ; les dorures et ornements d’inspiration égyptienne propres au style Empire sont proscrits. Cet art presque minimaliste plut aisément aux nobles qui l’adoptèrent dans leurs demeures princières autrefois très chargées en style empire (vous vous rendez compte, des aristocrates qui réduisent leurs fastes, quelle horreur !). Cet ameublement fonctionnel au coût de fabrication assez modéré permit aux fabricants une exportation aisée dans toute l’Europe. A cette époque, le client pouvait choisir sur catalogues (illustrés de moultes dessins) et les fabricants n’hésitaient pas à créer des usines là où la demande était la plus forte.

Grands principes d’ameublement :

  1. L’ambiance intérieure est confortable et calme.
  2. Les chambres sont spacieuses et sont souvent faites dans des couleurs vives.
  3. Les fenêtres sont profondes avec des niches peintes en blanc et recouverts de papier peint à rayures.
  4. Les couleurs caractéristiques sont le marron, le violet et le jaune.
  5. Les rideaux correspondent à la tapisserie d’ameublement du propriétaire. Les tissus sont généralement à rayures ou à petite fleur.
  6. Les murs sont recouverts de papier peint.
  7. Cette décoration est complétée par de nombreux détails : des petites toiles ou des photos, dans des cadres en bois,
  8. Présence de bibliothèques, de meubles d’angle, de pianos ou clavecins et de diverses vitrines.
  9. Le mobilier est robuste et confortable en bois clair, provenant d’essences de bois locales : noyer et cerisier, avec des formes en « Lyre » pour les secrétaires, les vitrines, les supports de table ou les dossiers de siège.

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Salon du Comte Francesco Colloredo-Mansfeld – Musée des Arts décoratifs de Prague.

Robe de gala de jeune-fille et robe de nourrisson (à droite). Musée des arts décoratifs de Prague.

Franz Pieter, 1824, Bracelet avec camée (or, corniole, rubis et émail). Musée des arts décoratifs de Prague.

 

La littérature « Biedermeier ».

On y trouve l’écrivain Eduard Mörike (1804-1875) nommé curé de Cleversulzbach en 1834 et professeur de littérature allemande vers 1851, ses opinions politiques assumées sont le monarchisme et l’esprit conservateur. Annette von Droste-Hülshoff (1797-1848) c’est la fille du baron Droste zu Hülshoff, qui appartient à l’ancienne aristocratie catholique de Westphalie. Son œuvre singulière se révèle d’une puissance rare, mais il est très difficile de la traduire en français.
Tous les écrivains du Biedermeier sont habités par la quête d’un réalisme du quotidien, sans préoccupation métaphysique. Ils rejettent l’excès du sentiment, la fascination pour le chaos qui conduit, chez de nombreux romantiques, à une issue comme le suicide. La littérature Biedermeier choisit une voie plus « mesurée », moins lyrique, avec un repli sur la sphère du foyer, dans le cadre duquel l’harmonie peut exister. La forme littéraire de la nouvelle est très prisée des écrivains Biedermeier. D’autres représentants de ce courant, en la personne de Karl Immermann étudiant en droit et qui se porta volontaire pour combattre l’armée de Napoléon, il fut ensuite assesseur, référendaire puis juge. Vers la fin de sa vie il écrivit ses mémoires, sous le titre de Memorabilien et cherchait à reconstituer, dans un poème, la légende de Tristan et Iseul. Adalbert Stifter, fils de paysan dans les montagnes de Bohême, fut un écrivain, un peintre et un professeur, il eut de nombreux admirateurs comme Nietzsche, Thomas Mann, Franz Kafka, Robert Walser ou Hermann Hesse. « L’Eté de la Saint-Martin » d’Adalbert Stifter fait partie des plus beaux textes de la littérature allemande. C’est une « œuvre volontairement banale, parfois humble jusqu’à la trivialité, mais que soulève pourtant une émotion à laquelle il n’est pas facile de résister ; cette sorte de tristesse ample et forte qui baigne ici toute réalité » dira G-A Goldschmidt dans « L’Homme sans postérité ».
Le roman commence ainsi :
« Gorgé des rumeurs et des flots de sève montante de leur jeune vie à peine commencée, les jeunes gens escaladaient la pente entre les arbres, parmi les chants des rossignols. Tout autour d’eux se déployait un paysage resplendissant où couraient les nuages. Dans la plaine, en contrebas , on pouvait apercevoir les tours et la masse des demeures d’une grande ville.
L’un des jeunes gens prononça ces mots : « Maintenant, je le sais avec certitude, je ne me marierai jamais. »
Celui qui avait parlé était un adolescent svelte, aux yeux doux et ardents. Les autres n’avaient guère prêté attention à ses paroles, certains même répondirent par des éclats de rire, tout en continuant de cheminer, de casser des branches et de s’envoyer des mottes de terre.
 »

Dans « Le village de la lande » (Das Haidedorf), Adalbert Stifter, termine sa nouvelle s’adressant aux lecteurs :

« Là s´arrête notre connaissance de Félix, l´habitant de la lande. — De son action et des fruits de cette dernière, nous ne savons rien : mais quoi qu´il en soit — le moment venu, présente-toi en toute confiance devant ton juge, homme pur, et dit : « Seigneur, je n´ai pu faire autrement que de cultiver le talent que tu m´as confié « , et si ton talent devait avoir été trop léger, sache que le juge te jugera moins sévèrement que les hommes. »

Sainte-Beuve qui s’est détaché du romantisme pour un réalisme proche du Biedermeier pourrait faire partie de cette liste. Il avait accusé Flaubert et Zola de se vautrer dans un naturalisme sordide et voyeuriste. Le héros typique du Biedermeier aspire à de sages plaisirs, à la contemplation, l’intimité du foyer, il jardine, il a de l’intérêt pour ce qui est utile, il a un sentiment religieux et pratique sa religion, il idéalise la femme, il abhorre l’excès en toute chose, il a le sens des responsabilités, fait preuve de loyauté envers l’ordre établi, il aime contempler les fleurs et apprécie les arts.

« Oh ! combien je préfère à ce caquet si vain,
Tout le soir, du silence, — un silence sans fin ;
Être assis sans penser, sans désir, sans mémoire ;

Et, seul, sur mes chenets, m’éclairant aux tisons,
Écouter le vent battre, et gémir les cloisons,
Et le fagot flamber, et chanter ma bouilloire ! »

Sainte-Beuve

Caractéristiques de la peinture « Biedermeier »

Ce style se rapporte presque exclusivement au néo-classicisme et se caractérise par une thématique de sujets apparentée au siècle d’or de la peinture hollandaise. En effet, on y retrouve l’aspect familial, la famille, les intérieurs et les personnages qui baignent dans une ambiance où ils vivent, les liens familiaux sont représentés avec évidence, l’affectif entre les individus y est montré sans dédain. Dans la peinture, cette sobriété (l’inverse de l’exaltation romantique) se traduit par des compositions simples, d’un réalisme édulcoré, le plus souvent, les tableaux sont de petit format et destinés à la décoration d’espaces privés. Par conséquent, leurs sujets tournent souvent autour de scènes de la vie familiale. La peinture de genre atteint son apogée sous le Biedermeier mais, dans le domaine de la peinture d’Art, il n’y eut pas de grands bouleversements par rapport au néo-classicisme ou à la peinture victorienne qui dominaient, en ce temps-là, en Europe. Indépendamment de l’Allemagne et de l’Autriche, une école danoise d’excellence côtoiera ce style grâce son patriarche, le sculpteur néo-classique danois Bertel Thorvaldsen.

Ferdinand Georg Waldmüller (1793-1865)

Peintre et écrivain, il suivit une courte formation à l’Académie des Beaux Arts de Vienne auprès de Johann Baptist Lampi, puis assura très rapidement sa subsistance en peignant des portraits. En 1811, il décroche un poste de professeur d’art chez le comte Gyulay à Bratislava en Croatie, destiné aux enfants du comte. Il garde ce poste trois ans et revient à Vienne où il copie des toiles de maîtres, puis enseigne un temps à cette même Académie des Beaux Arts de Vienne, avant d’y être remercié à cause de ses vues sur l’enseignement qui privilégient l’étude de la nature. Il sera réintégré quelques années plus tard.

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Il y a dans cette toile un résumé de tout ce que déteste les aventuriers révolutionnaires bercés par le romantisme illuminé de 1789 : l’ordre, le respect des traditions, la famille, la paix, la joie de vivre, la nation unie, la piété catholique…
Toile de Ferdinand Waldmüller « Corpus christi morning » 1857.

« Après l’école » toile de Ferdinand Georg Waldmüller peinte en 1841. Les enfants ont l’air heureux tels ceux qui apprennent avec respect. Le professeur, sans l’once d’une méchanceté, donne ses dernières recommandations avant la sortie de la classe. Les méritants et, eux seuls, ont le droit à la récompense, une belle image à insérer dans le cahier de travail…

Roses 1843 par Ferdinand Georg Waldmüller.
Sous la période du Biedermeier, on adore les fleurs, on adore jardiner, la nature est essentielle. Les couleurs de cette toile sont incroyablement réalistes. C’est moi qui vous le dit, un magenta pareil, c’est dur à obtenir en tubes (plus on fait des mélanges et plus on s’éloigne), sauf à faire ses pigments soi-même…

Von AMERLING Friedrich (1803-1887)

D’une famille pauvre, il dut subvenir à ses besoins tout en faisant ses études à l’Académie de Vienne, où il entra en 1816. En 1824, il décida de gagner Prague à pied et y poursuivit ses études à l’Académie. Des commandes de portraits améliorèrent sa situation et lui permirent de se rendre à Londres vers 1825, puis à Paris, où Horace Vernet (excellent peintre) l’intéressa particulièrement. En 1828, il revint à Vienne. Très apprécié, il fut nommé en 1832 peintre de la Cour. Il entreprit de nouveau de longs voyages et séjourna en Italie une vingtaine de fois ; à Rome en 1837. Portraitiste le plus en vue de l’époque du Biedermeier viennois, il représenta la société aristocratique et la riche bourgeoisie. Amerling rend les détails avec un soin particulier, notamment les insignes impériaux dans le portrait de l’Empereur François Ier (Vienne, Schatzkammer) ; celui de Rudolf Althaber et de ses enfants (1837, Vienne, Österr. Galery.) porte à son achèvement son sens de l’intimisme bourgeois. C’est lorsqu’il prit ses modèles dans son milieu familial qu’Amerling se montra le plus subtilement pénétrant, Portrait de sa mère (1836, Vienne, Österr. Galery.) ou celui en buste, si émouvant et délicatement peint, de son fils Fritz sur son lit de mort (1850, Vienne, Historisches Museum). Recherché dans toute l’Europe pour ses portraits à la facture ingresque et aux coloris raffinés, l’artiste en aurait exécuté un millier. Il put ainsi acquérir le château Mollard à Vienne, qu’il installa luxueusement. Jusqu’à la fin de sa carrière, il conserva sa réputation internationale, mais, à Vienne, la « modernité » d’un Makart (professeur de peinture d’histoire à l’Académie) le rejeta dans l’ombre.

portrait de la princesse amerling

 

Friedrich von Amerling Portrait de la Princesse Marie Franziska von Liechtenstein (1834–1909) à l’âge de deux ans, 1836
Huile sur carton, 33,3 x 26,7 cm. Ce portrait est l’un des plus touchants de l’Art Biedermeier. La princesse sourit dans un rêve, elle tient fermement sa poupée fétiche,  un rayon de soleil qui traverse la fenêtre illumine ses boucles d’or et ses pommettes rosées. Friedrich en quelques coups de pinceaux précis nous dresse un portrait saisissant d’une jeune créature ayant toute sa vie devant elle. On pourrait presque saisir le souffle du bébé rien qu’à l’admirer.

François II d'AUTRICHE par Amerling

François Ier d’Autriche en habit d’empereur par Friedrich von Amerling. La composition est d’une puissance phénoménale. On ressent un personnage accablé par ses responsabilités mais conscient de son destin comme de la bonne destinée de son peuple. La touche est assurée, la palette est d’une précision incroyable. Comme chez les néo-classiques, les parties les plus importantes du portrait sont extrêmement léchées en finition et plus l’on s’éloigne dans le décor, plus la touche est relâchée mais reste précise en coloris.

François Ier Empereur d’Autriche ou François II du Saint-Empire Romain germanique (selon les périodes de son règne) fut également le dernier roi des Romains (1792-1806) sous le nom de François II. C’est un empereur de la maison de Habsbourg et fils de Léopold II.  Tôt, il développe une farouche opposition pour les idées nouvelles inspirées des Lumières (l’ADN du socialisme) ainsi que d’éventuelles réformes libérales. Dans une Europe fortement marquée par les idées révolutionnaires diffusées dès 1792, dès sa montée sur le trône, il s’engage dans les guerres révolutionnaires contre la France après que le roi de France et sa reine furent guillotinés.

« Perdue dans ses rêves » 55 x 45 cm 1835. On retrouve ici, cette candeur et cette innocence qui sied bien à l’être heureux de vivre et dans un monde en paix… Sous le joug révolutionnaire, on a pas le temps de rêver, ni de se cultiver.

Christoffer Wilhelm Eckersberg  (1783 – 1853)

Peintre danois né à Copenhague, néo-classique et aisément rattachable aux peintres du Biedermeier eut égard à ses portraits de bourgeois et d’enfants exécutés dans le registre de l’intimité, particulièrement prisé dans les pays germaniques voués à ce style.  Il vient de “l’école de Copenhague”, dont le sculpteur Bertel Thorvaldsen faisait partie.

Autres peintres du style Biedermeier :

Jakob Alt, Moritz von Schwind, Friedrich Gauermann, Eduard Gärtner, Adolph von Menzel, Ludwig Richter, Carl Spitzweg, Carl Happel, Josef Kriehuber, Peter Fendi, Josef Danhauser. Dans la peinture sur verre et sur porcelaine, l’époque est liée aux Hausmaler1 Samuel Mohn et Anton Kothgaßner…