Mouvements picturaux figuratifs

La peinture Académique 2 (le néoclassicisme : deuxième partie)

Le classicisme 2 (néo-classicisme)

INTRODUCTION

Nous l’avons vu précédemment, la peinture académique a eu une première période de gestation désignée ( le classicisme) elle était communément comprise, entre 1650 – 1750 où cohabitait naturellement l’art baroque. Pour cause, ces deux terminologies (classifications) n’existaient pas à ces époques, elles furent inventées bien postérieurement par des théoriciens de l’art. Le classicisme, défini au sens le plus large, est une tendance de l’’art qui recherche un idéal de perfection à travers l’’ordre, les proportions, l’’équilibre et la rigueur…  et qui reprend les codes esthétiques gréco-romains.
C’est le 1er février 1648, grâce au peintre Charles Le Brun qui donna, l’une des premières impulsions de cette tendance (le classicisme) avec la première conférence publique d’une nouvelle Académie, et que celle-ci introduit une méthode entièrement nouvelle d’’enseignement des Beaux-Arts !
Le substantif « néo-classicisme« , sera créé vers 1880 et, désigna d’abord très largement, l’art immédiatement antérieur aux mouvements modernes. L’appellation est née, comme son corollaire ironique le terme « pompier » (synonyme de pastiche, pompeux ou imitation servile des chefs-d’œœuvre du classicisme gréco-romain) pour fustiger les artistes, sous la Révolution et l’Empire,  qui créent, dit-on, sous une ambiance de crise, dans l’imitation frénétique de l’Antiquité !
Ce seront ces peintres « attardés » (première inversion des valeurs recensée au profit des premiers idéologues socialisants de l’art), réfractaires aux courants « libérés (aujourd’hui on dirait plutôt « progressistes »)» de l’art occidental, qui n’ont qu’un désir celui de reproduire un classicisme à jamais nostalgique…
Pour résumer, par néo-classicisme, on désigne le mouvement pictural de portée internationale, qui apparaît dans la seconde moitié du 18e siècle (en pleine prémices de la Révolution française), culmine pendant la période napoléonienne (style Empire) et exerce ensuite une influence décroissante qui marquera pourtant le style officiel de plusieurs pays européens ainsi qu’aux USA et se permutera en romantisme par la suite.

Le contexte historique

A l’époque, il était de bon ton de faire son « Grand Tour » qui était un voyage initiatique, durant entre un ou cinq ans, pour les aristocrates britanniques (en majorité) et ainsi se former aux langues, aux cultures étrangères et aux Arts. Le but ultime était bien entendu d’atteindre Rome ou Florence. Bien entendu, outre les nobles aristocrates, les artistes y participaient pleinement. Puis Naples devint aussi une destination prisée, du fait des découvertes récente de Pompéi et d’Herculanum. C’est surtout cette formidable découverte archéologique, qui bouleversa toute l’Europe, qui réorienta l’Art vers les canons de l’Antique culture Gréco-romaine. C’est le 24 août de l’an 79, que le Vésuve a enseveli ces deux villes romaines florissantes.

« Le Vésuve vu de Portici » de Joseph Wright of Derby, 1775. Cette toile s’inspire des toiles que l’on trouvaient alors sur le Vésuve. Fasciné par ce thème, il peignit au moins 30 « Vésuve » dans sa vie.

Le principal théoricien du néoclassicisme, l’écrivain et archéologue allemand Johan Joachim Winckelmann (1717-1768), affirme la nécessité pour les artistes d’’imiter l’’antique qui a atteint la perfection. Dans ce retour utopique au classicisme, on recherche aussi une perfection morale. L’’artiste doit assumer des engagements civiques dans la société et proposer des sujets édifiants. En 1738, on redécouvre Herculanum et c’est seulement dix ans plus tard que Pompéi émerge du sol volcanique : les deux villes du Sud de la Botte ne peuvent qu’inspirer les artistes. L’ouvrage de Johann Joachim Winckelmann « L’histoire de l’art de antiquité » paru en 1764 ou son « Considérations sur l’imitation des œuvres grecques dans la peinture et la sculpture » (1755), servent de livres de chevet aux artistes émerveillés par la perfection classique. Anton Raphael Mengs (1728-1779), autre néoclassique, soutient lui aussi, dans ses « Pensées sur la beauté et le goût dans la peinture » (1762),  que Raphaël, Corrège et Titien furent les premiers des peintres modernes à s’être approchés de la perfection artistique. Mais, selon lui, tandis que les artistes anciens avaient atteint à «l’idéal» de l’art, les peintres modernes demeuraient prisonniers de leurs esprits bornés  : Raphaël n’était fort qu’en dessin, Le Corrège (Antonio Allegri da Correggio) qu’en clair-obscur, et Titien qu’en coloris. Les peintres modernes, conclut-il, doivent donc utiliser et combiner les différents mérites de chacun de ces trois maîtres, parce que seul cet éclectisme permettra aux peintres modernes de parvenir au goût universel tel qu’illustré dans l’art antique. Ainsi, le Néoclassicisme marque un retour véritable du « beau idéal ». Ce courant artistique est en effet fortement inspiré par l’art des Anciens et prône une véritable renaissance des canons, de l’architecture et des motifs décoratifs grecs. C’est la période du « grand goût », comme l’appelait Winckelmann. Point de clair-obscur baroque ni de foisonnement alambiqué Rococo dans les peintures néoclassiques, on se contente souvent de tonalités ocres et sombres qui mettent en valeur l’art du dessin. Tous admiraient tout particulièrement les aînés : Nicolas Poussin et Jacques-Louis David, dont le Serment des Horaces (peint en 1784)  constitue le grand manifeste (dans cette toile, il n’est pas question ici de frivolité ou de débauche, mais d’honneur et de vertu morale. Ils iront combattre au péril de leur vie, c’est pourquoi les femmes sur le côté droit sont en pleurs). Les artistes cherchaient tout d’abord à substituer à la sensualité qui émanait du style rococo un style simple, solennel et moral dans le choix de ses sujets. C’est d’ailleurs le néoclassicisme qui fut retenu comme art officiel par les nouvelles républiques issues des deux révolutions : américaine et française, parce qu’il était associé à la démocratie de la Grèce antique et de la République romaine. La Rome impériale devint un modèle sous Napoléon Ier mais, avec l’émergence du mouvement romantique ce style fut peu à peu abandonné. La société souhaite revenir à un art plus sain, plus juste que le rococo et le baroque : c’’est le « goût à la grecque ». La peinture académique néoclassique a été un temps opposée à la peinture réaliste de Courbet, puis surtout à l’art des impressionnistes bien qu’il ne faille pas oublier qu’à l’époque les frontières étaient moins claires : Auguste Toulmouche (peintre pompier et néoréaliste par excellence selon les canons socialisants de l’art) a été le protecteur de Claude Monet, Jean-Léon Gérôme a aidé Édouard Manet à ses débuts, etc.

Les principales caractéristiques parfois caricaturées par les « modernes »

  • Orthogonalité générale du tableau (composition : état de courbes, de droites, de projections, etc., qui sont orthogonales)
  • Thème moralisateur et conservateur (particulièrement sous Napoléon). Le Néo Classicisme condamne les raffinements excessifs, la dépravation et l’oublie des mœoeurs de la société de l’époque dont l’art Rococo et le Baroque sont les symboles artistiques.
  • Mise en avant des valeurs civiques, de l’apologie de la simplicité et du « naturel ».
  • Thèmes inspirés par l’antiquité grecque et romaine
  • Couleur locale destinée à séparer les groupes de personnages
  • Pas de liberté de la couleur, la forme prime sur la couleur. La perfection du dessin, de la ligne et de  la composition priment sur la valeur des couleurs. Couleurs qu’’ils reprennent, ainsi  que la lumière d’ailleurs, à la peinture classique du XVIIe siècle (à Poussin par exemple).
  • Compositions souvent dichotomiques ou jugées simpliste. Le style néoclassique se doit d’être compréhensible immédiatement du regard et à la portée de tout le monde. De ce fait, la composition privilégie une lecture sans artifices perturbateurs et le premier plan suffit à la compréhension du message voulu par le peintre
  • Utilisation de la lumière en coup de phare
  • Perte du superflu. Art de l’équilibre, d’une élégante précision, exempt d’excès de style et d’expressions passionnelles, par le biais de modèles issus de la sculpture et de l’architecture.
  • Représentation du moment avant l’action
  • proclame la puissance des rois et développant le sens du tragique et du grandiose.

Le déclin de l’Académisme :

Les efforts de David (chef de file des néoclassiques) pour épurer son style et atteindre à la simplicité grecque trouvèrent un écho vers 1800, et de façon assez extravagante, chez ses élèves les plus rebelles et les plus jeunes, appelés les  » Primitifs « , ou  » Barbus « , et qui, conduits par Maurice Quaï, essayèrent de pousser encore plus loin ces tendances au primitivisme en acceptant, du moins en théorie, les formes les plus archaïques issues des arts et des lettres grecques. Leur conception radicale se retrouve à distance dans l’art de F. Gérard, dont l’Amour et Psyché (Salon de 1798 au Louvre) offre les stylisations curieusement maniérées, les surfaces lisses et vernies des anatomies propres à la peinture néo-classique, et surtout dans l’œœuvre de J. A. D. Ingres, dont les premières peintures, Vénus blessée par Diomède (1802 au musée de Bâle) et Jupiter et Thétis (1811 au musée d’Aix-en-Provence) s’inspirent des images plates et linéaires de Flaxman et des vases grecs, mais qui ajoutent à ces sources un mélange puissant de sensualité et de précision dans le détail qui se transposera facilement dans le monde romantique de ses odalisques et de ses baigneuses orientales. Dans l’art d’Ingres, les prémisses de David, Abstraction et Réalisme, sont largement utilisées et dépassées. Héritier de la doctrine idéaliste de David jusqu’à un âge avancé, Ingres fut le défenseur le plus solide des principes néo-classiques pendant les deux premiers tiers du XIXe siècle, s’opposant obstinément aux forces jaillissantes du Romantisme, dont l’apogée se situe après 1820, avec le jeune Delacroix. Bien que par le style et les sujets Ingres se soit constamment écarté du strict Néo-Classicisme, son œœuvre officielle, en tant que représentant le plus vénéré de l’Académisme, perpétua cette croyance. De l’Apothéose d’Homère, confrontée au Salon de 1827 (Louvre) avec le Sardanapale de Delacroix, jusqu’à sa peinture murale l’Âge d’or au château de Dampierre (1843-1847), Ingres s’efforça de lutter contre le changement survenu dans l’art au XIXe siècle et, d’y opposer sa foi dans l’idéal de beauté classique atteint par l’étude et la mise en forme minutieuse des sources antiques, la précellence du dessin sur la couleur et l’utilisation de compositions claires et symétriques. Ces principes se pétrifièrent inévitablement aux mains d’académiciens de moindre génie.

L’année 1897 entérina la défaite de l’Académisme. Manet, Degas, Pissarro, Monet, Renoir, Sisley et Cézanne firent en effet leur entrée dans une institution officielle, le musée du Luxembourg, réservé aux commandes de l’État ! (le politique primait désormais face à la connaissance et à l’académie). Le legs Caillebotte, mécène des impressionnistes, collectionneur et peintre lui-même, était enfin accepté, après trois années de combats acharnés (seuls les tableaux de Degas avaient d’abord été admis). C’est le Conseil d’État qui avait tranché, arguant que ces œœuvres faisaient de fait partie de l’histoire de la peinture française. En réalité, on avait coupé la poire en deux : sur 67 toiles, 29 furent rejetées. Gérôme avait pourtant menacé de démissionner de sa chaire de professeur des Beaux-Arts, qualifiant ces toiles d’ « ordures », et voyant dans leur entrée au Luxembourg le signe de «la fin de la nation ». C’est qu’un nouveau public s’était formé (sic), avide d’innovations formelles plutôt que de confirmation des codes établis. Les périodiques spécialisés dans le domaine artistique se multiplient (12 titres en 1850, 20 en 1860) parmi ceux-ci des écrivains : (Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Émile Zola, J.K. Huysmans… que des politiciens de l’Art défendant les « modernistes). Les courants avant-gardistes se multipliaient. La fameuse hiérarchie des genres, soutenue par l’Académie fut progressivement remise en cause (à la poubelle). Dans son compte-rendu du Salon de 1846, Théophile Gautier constate déjà que : « Les sujets religieux sont en petit nombre, les batailles ont sensiblement diminué, ce qu’on appelle tableau d’histoire va disparaître… La glorification de l’homme « naturel » et des beautés de la nature, tel paraît être le but de l’art à l’avenir ». L’homme « naturel » étant une notion proche de celle du naturalisme qui fait gloire aux petites gens opprimées par les vilains commerçants et industriels de l’époque !

L’Académie et l’École des beaux-arts elles-mêmes devinrent plus éclectiques, note Claire Barbillon. Après avoir été rejeté sous le Second Empire, sauf sous certaines formes édulcorées, « le naturalisme fut adopté par les peintres les plus officiels de la troisième République », écrit-elle. Quant au symbolisme, il réunit « des artistes formellement assez traditionnels », comme Gustave Moreau, et des peintres radicalement novateurs comme Gauguin ou Odilon Redon. Le Salon des Indépendants (1884), puis le Salon d’Automne  (1903), bousculèrent le monopole du Salon officiel. L’apparition d’un véritable marché de l’art et des galeries, souvent dirigées par des amateurs des nouveaux courants, permit aux artistes de vendre leurs œœuvres sans passer sous les fourches caudines du Salon et des commandes officielles (le business des initiés allait pouvoir rétablir les marchands du temple de l’Art). En 1899, les tableaux de Cézanne rencontrent enfin le succès, lors d’une vente à la galerie Georges Petit. En 1900, l’impressionnisme triomphe à l’exposition centennale de l’Art français. La rétrospective Van Gogh organisée en 1901 par la galerie Bernheim-Jeune marque fortement Maurice Vlaminck, qui s’exclame qu’il aime mieux Van Gogh que son père ! La même année, Picasso expose chez Ambroise Vollard. En 1905, Marquet, Matisse, Derain et Vlaminck exposent ensemble au Salon d’Automne. L’histoire bégaie : le nom de « fauves » qui leur est alors donné a pour origine l’exclamation railleuse d’un critique.

L’ouverture du musée d’Orsay en 1986 sera l’occasion de vives polémiques. Beaucoup y verront une réhabilitation des « pompiers », voire du « révisionnisme ». André Chastel considérait cependant dès 1973 qu’il n’y avait « que des avantages à substituer à un jugement global de réprobation, héritage des vieilles batailles, une curiosité tranquille et objective. »

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Les peintres illustres de cette période néoclassique

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Jean-Auguste-Dominique INGRES (1780-1867)  naît à Montauban le 29 août 1780. Son père, lui-même peintre, ne manque pas de remarquer ses penchants artistiques. Il enseigne à son fils la peinture et le piano avant de l’envoyer à l’’Académie royale de Toulouse.  Ingres n’’a que onze ans et son avenir semble déjà tout tracé. A partir de 1797, il suit les cours du peintre néoclassique Jacques-Louis David. A 21 ans, le tableau « Les Ambassadeurs d’Agamemnon » lui vaut le prix de Rome. Cependant, Ingres doit attendre 1806 pour rejoindre la Villa Médicis, dans laquelle il séjournera quatre ans. Entre temps, il exerce son art essentiellement en exécutant des portraits. Arrivé à Rome, il découvre une source d’’admiration et d’’inspiration dans les œœuvres de Raphaël. Pour Ingres, cette période très féconde lui permet d’’affermir son style. En 1811, il fait parvenir Jupiter et Thétis à Paris. Sévères, les critiques dissuadent Ingres de revenir en France. Il décide donc de rester à Rome. En peignant la Grande Odalisque en 1814, il prend le parti de l’’esthétique et du style contre le réalisme. Afin d’’atteindre un dessin parfait, il allonge le dos de la femme nu, ajoutant trois vertèbres. Tout comme La Mort de Léonard de Vinci (1817) ou Roger délivrant Angélique (1819), cette toile reçoit un accueil mitigé en France. Le succès tardant et difficultés financières approchant, Ingres se consacre avant tout à l’’exécution de commandes. En 1820, à défaut de rencontrer le succès en France et afin de toujours mieux s’’imprégner de la culture italienne, Ingres s’’installe à Florence. Cette même année, le gouvernement lui commande le Vœu de Louis XIII.
Il faut quatre ans à Ingres pour honorer cette commande d’’État et présenter son tableau au Salon de 1824. La critique, au mieux sceptique jusqu’’alors, encense le tableau. Cet extraordinaire succès annonce le retour d’’Ingres à Paris. Il installe son atelier à Paris et y forme des peintres tel que Hippolyte Flandrin. Au Salon de 1827, l’’opposition entre néoclassiques et romantiques trouve son expression dans l’’affrontement entre partisan de la « Mort de Sardanapale » de Delacroix et de « l’’Apothéose d’Homère » d’’Ingres. Ce dernier endosse le rôle de chef de file des académiques.
Cependant, après dix ans sans embûches, le succès connaît un coup d’’arrêt violent lorsque le Martyre de saint Symphorien se heurte à un mauvais accueil. Piqué, l’’artiste décide de repartir en Italie et accepte en 1835 la direction de la Villa Médicis. En 1855, lors de la première Exposition universelle de Paris, deux grands peintres peuvent arborer une médaille d’or : Eugène Delacroix  et Dominique Ingres. Tout un symbole pour ces deux figures des beaux-arts que la critique se plaît à opposer. Delacroix, héritier de Géricault, s’est imposé comme le chef de file du romantisme tandis que Dominique Ingres, grand admirateur de Raphaël, est présenté comme la figure de proue du néoclassicisme. De fait, depuis l’’opposition de L’’Apothéose d’Homère et la Mort de Sardanapale  au Salon de 1827, les deux artistes cristallisent l’’affrontement de la tradition et de la modernité. Pourtant, au-delà de son image académique, Ingres n’’a pas toujours bénéficié des faveurs des critiques et s’’est avant tout affirmé par un sens du dessin exceptionnel et novateur.

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Princesse Albert de Broglie

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Napoléon 1er sur son trône impérial -1806

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Odalisque avec Esclave -1842

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Jacques-Louis DAVID (1748-1825) naquit à Paris dans une famille de la bourgeoisie aisée. Il étudia à l’Académie royale sous la direction du peintre rococo Joseph Marie Vien et remporta le prix de Rome en 1774, après quatre tentatives. Il partit alors pour la Ville éternelle, comme pensionnaire à la villa Médicis, où il resta cinq ans. Au cours de ce séjour, il fut très influencé par l’art classique et l’œœuvre du peintre du XVIIe siècle Nicolas Poussin. Peintre français qui introduisit en France le style néoclassique et en fut le meilleur promoteur, de la Révolution jusqu’à la chute de Napoléon Ier.
De retour à Paris en 1780, il parvint rapidement à son propre style néoclassique, tirant les sujets de ses tableaux de l’Antiquité et s’inspirant, pour les formes et la gestuelle, de la sculpture romaine. Sa première commande, le Serment des Horaces (1784, Musée du Louvre, Paris) fut soigneusement prémédité pour être le manifeste du nouveau style néoclassique, destiné à développer le sens civique du public. Porteuse d’un thème très moral, voire patriotique, cette toile devint la référence principale de la peinture historique noble et héroïque des deux décennies suivantes. A partir de 1789, afin de témoigner des épisodes de la Révolution française, ami de Robespierre, il mit son art au service de la nation et adopta un style plus réaliste que néoclassique, comme l’atteste la Mort de Marat (1793, Musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles). En 1794, emprisonné à deux reprises au palais du Luxembourg, il continua néanmoins à peindre et conçut les Sabines (Musée du Louvre), qu’il acheva en 1799.
De 1799 à 1815, il fut le peintre officiel de Napoléon Ier dont il retraça le règne dans de très grandes toiles, comme le Sacre de Napoléon Ier le 2 décembre 1804 (1806-1807, Musée du Louvre). Suivant la disgrâce de l’Empereur, il s’exila à Bruxelles – l’Italie avait refusé de l’accueillir -, où il séjourna jusqu’à sa mort. Il y ouvrit un atelier, revint aux sujets de la mythologie grecque et romaine, peints cependant dans un style plus théâtral.
Tout au long de sa carrière, il fut également un portraitiste fécond. Plus intimistes que ses grandes toiles, ses portraits, comme Madame Récamier (1800, Musée du Louvre), montrent sa grande maîtrise technique et sa psychologie des personnages. De nombreux critiques modernes considèrent que les portraits de David, dénués de discours moral et soumis à une technique plus simple, sont sa plus grande réussite.
La carrière de David symbolise en quelque sorte le passage du style rococo du XVIIIe siècle au réalisme du XIXe siècle. Son style au souffle puissant et sa grande maîtrise du dessin influencèrent fortement ses élèves Antoine Gros et Jean Auguste Dominique Ingres (l’un des derniers représentants du néoclassicisme) ; ses thèmes patriotiques et héroïques préparèrent la voie au romantisme.

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Le serment des Horaces 1784

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Les Sabines 1799

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Mars désarmé par Venus et les Grâces 1824

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Antoine-Jean Gros, dit Baron Gros né à Paris le 16 mars 1771 et mort le 25 juin 1835 à Meudon, est un peintre français rattaché au courant du néoclassicisme et dans une moindre mesure au pré-romantisme. Fils d’artistes, ses parents furent tous deux miniaturistes, Antoine-Jean Gros fut très jeune au contact du monde artistique de son époque. En 1785, il entra dans l’atelier de Jacques-Louis David et y étudie pendant deux années et fut reçu à l’école de l’Académie de Peinture et prépara le concours pour le prix de peinture de 1792, avec sa toile: Antiochus voulant contraindre Eléazar à manger un met impur, sans succès. En 1793, David, alors très influent, lui procurera un passeport pour l’Italie, Gros visitera Nîmes, Montpellier et Marseille, et arrivera le 19 mai 1793 à Gênes, ou il se fixera pour plusieurs années.
En 1796, l’artiste fera la connaissance de Joséphine de Beauharnais, future impératrice Joséphine, qui le mettra en relation avec son mari Napoléon Bonaparte, commandant en chef de l’armée d’Italie. Napoléon l’affecte alors à la Commission chargée de trouver des objets d’art que les états italiens vaincus doivent à la France au titre de tribut de guerre et fut nommé inspecteur aux revues. Entraîné dans la déroute des armées françaises en 1799, Gros échoue à Gênes où il partagera les souffrances de la garnison commandée par Masséna et assiégée par les Autrichiens. Il parcourt l’Italie à la recherche d’œuvres destinées à enrichir les collections du Louvre. Il dessinera d’après l’Antique, copiera les grands maîtres italiens, étudiera Rubens, un de ses peintres préférés, il exécuta également des portraits, à Milan, il exécutera son célèbre tableau: Bonaparte au pont D’arcolece. Il illustrera Young et Ossian.
De retour à Paris en 1801, il se consacrera à la peinture et établira son atelier dans l’ancien couvent des Capucins, qu’il partagera avec d’autres peintres dont: Girodet, Ingres et Granet, il y peignit des commandes de Napoléon, La Bataille de Nazareth (qui fera scandale) et les Pestiférés de Jaffa, qu’il exposera au salon de 1804 et lui vaudra un triomphe qui le consacrera définitivement comme peintre officiel, il y présentera également et Sapho à Leucate. Gros sera considéré alors comme le plus grand coloriste de l’école française. En 1806, il expose la Bataille d’Aboukir, commandée par Murat. En 1808, il peignit la bataille d’Eylau, puis les grandes heures de l’Empereur la Prise de Madrid; la bataille des Pyramides au Salon de 1810. Il fera les portraits des grands personnages du régime et de ses plus grands généraux : Lucien et Jérôme Bonaparte, Murat, Lasalle, Victor, Fournier-Sarlovèze, Fils du Général Legrand, Duroc. En 1812 Napoléon le charge de la décoration de la coupole du Panthéon et n’achèvera ce travail qu’en 1824, obligé de modifier son programme pour plaire au Roi Louis XVIII.
Pendant la Restauration,  Gros devint portraitiste du Roi et entre à l’Académie des Beaux-Arts  ou il se heurtera alors à l’influence d’Ingres. Le retour des Bourbons marquera l’apogée de sa carrière, mais l’artiste perd de son inspiration. Le Roi Charles X le fait baron, mais l’artiste est sur le déclin. Au Salon de 1822, la presse le critique sévèrement pour ses œuvres allégoriques, passées de mode. En 1835, Gros subira un cuisant échec avec sa toile: Hercule et Diomède, c’est peut être ce qui le conduit au suicide, le 26 juillet 1835 à 64 ans, le baron Gros se noie dans la Seine au Bas-Meudon. Ce jour-là disparaît le peintre qui avec David, aura le plus influencé les doctrines et les pratiques des artistes du XIXe siècle.

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Bacchus et Ariane 1821

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Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa 1804

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Bataille d’Aboukir 1806

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Les autres peintres importants du néoclassicisme

Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823)
François GERARD (1770-1837)
Pierre-Narcisse GUERIN (1774-1833)
Joseph Marie VIEN (1716-1809)
François-André VINCENT (1746-1816)
Joseph Benoît Suvée (1743-1807)
Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Théodore Chassériau (1819-1856)
PEYRON  JEAN FRANÇOIS PIERRE (1744-1814)
J.-B. REGNAULT
Jean-Germain Drouais
Gavin Hamilton
Anton Raphael Mengs

Peintres incontournables du néoclassicisme que l’on a souvent associé à des peintres « pompiers » (par leur académisme « stérile ») : Jean-Léon Gérôme,  William Bouguereau, Jules Joseph Lefebvre, Edouard Debat-Ponsan, Alexandre Cabanel, Auguste Toulmouche, Eugène-Emmanuel Amaury-Duval, Paul Baudry, Amélie Beaury-Saurel, Léon Bonnat, Gustave Boulanger, Pierre Auguste Cot, Thomas Couture, Paul Delaroche, Gilbert Dupuis, Hippolyte Flandrin, Jean-Paul Laurens, Jean-Louis-Ernest Meissonier, Léon Perrault…

3 réflexions au sujet de « La peinture Académique 2 (le néoclassicisme : deuxième partie) »

  1. Rien à dire, sublime !
    C’est original d’avoir construit l’étude autour de l’académisme entre classicisme et néoclassicisme.

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