Mouvements picturaux figuratifs

La première Renaissance (le Quattrocento – XVe siècle)

Première renaissance
Première Renaissance

INTRODUCTION

La « Première Renaissance » désigne l’art toscan entre 1410 et 1500 (Quattrocento : contraction de mille quattrocento en italien) soit presque tout le XVe siècle. L’étude de ces périodes dans l’histoire de l’Art : Pré-Renaissance (on y associe généralement le Duecento), Première Renaissance et Haute Renaissance, auxquelles on pourrait aussi ajouter la Renaissance tardive (1530-1580, mais déjà abordé en totalité par l’article du blog désigné « le maniérisme italien« ) concerne presque exclusivement un mouvement culturel et artistique important pour le reste du monde, mais n’implique cognitivement que l’Italie et son rayonnement envers les autres nations.

L’origine du mot « Renaissance » provient de Georgio Vasari, dans « Les vies » (1550 puis 1568) qui propose le terme « Rinascita », renaissance pour qualifier ce renouvellement artistique. Il distingue trois époques, en analogie avec les âges de la vie : l’enfance (XIII et XIVème), avec Cimabue et Giotto, l’adolescence (XVème) avec Brunelleschi, Donatello et Masaccio et la maturité (XVIe siècle) avec Vinci et Michel Ange, l’homme universel.

Principes majeurs de cette révolution artistique.

  • Exaltation de l’Antiquité et de son enseignement
  • L’humaniste (foi en l’homme)
  • Maitrise de la perspective linéaire
    Durant cette période, les recherches plastiques des artistes  s’’orientent principalement sur la question de l’’espace : comment percevoir  l’’espace  environnant et comment le reproduire dans une œœuvre d’’art ?  Les peintres de cette époque vont désormais, également, privilégier la figure humaine avec davantage de réalisme, mettre en exergue les « belles formes » en symbiose avec la nature, le tout reposant sur des mises en perspective équilibrées et sans amputer le style. Ce  problème  met d’’emblée  en  évidence  la difficulté à mettre en phase ce regard profondément novateur que l’’on porte sur la nature. La transposition à une réalité nouvelle a ainsi constitué l’’une des questions artistiques les plus fécondes de la Renaissance. De ce fait, les recherches dans les domaines de la perspective et des proportions, la conception nouvelle du portrait comme représentation de l’individu et les débuts du paysage sont les grandes innovations de cette période de la « Première Renaissance« . Du point de vue artistique, la voie entreprise est celle du « naturel », d’une représentation destinée à la profonde « compréhension de la nature ». Pendant cette période et pour la première fois dans l’histoire de l’art occidental, la peinture prend une position prédominante par rapport aux autres genres artistiques. Les figures de proue sont Masaccio, Uccello, Piero della Francesca, Botticelli et Mantegna.
    Les  artistes  de  la  première  Renaissance  estiment  qu’’il  est  nécessaire  de joindre  à  leurs  travaux  les  écrits  qui  fondent  leur  art.  Ainsi,  de  nombreux traités  permettant  de  fournir  des  outils  théoriques  à  la  pratique  artistique voient  le  jour ;  Le  plus  souvent,  ces  livres  sont  rédigés  par  les  artistes  eux-mêmes, ou par des penseurs humanistes ayant une pratique artistique. C’’est le cas  du  plus  célèbre  d’’entre  eux,  Leon  Battista  Alberti,  philosophe,  lettré, mathématicien, théoricien de l’’art et surtout architecte. Dans chacune de ses réalisations, Alberti tente d’’appliquer ses théories. Ainsi, lorsqu’’il complète la façade  de  l’église  Santa-Maria-Novella  de  Florence  en  1470,  il  s’’inspire  des décors  issus  du  roman  toscan  (comme  ceux  de  la  cathédrale  d’’Empoli,  par exemple),  mais il rationalise les formes par l’’usage d’’un module qui procure un  équilibre  pondéré  à  la  surface.  Alberti  est  par  ailleurs  reconnu  pour  son traité  De  pictura  (De  la  peinture,  1425),  dédié  à  Brunelleschi,  dans  lequel  il présente la théorie la plus approfondie de la perspective renaissante.

Humanisme et production artistique

Alors qu’au Moyen Âge la création artistique était essentiellement tournée vers la religion chrétienne, la Renaissance artistique utilise les thèmes humanistes (tolérance, liberté de pensée, paix, éducation visant l’épanouissement de l’individu, etc.) et de la mythologie antique. Le renouvellement de la réflexion philosophique fournit aux artistes de nouvelles idées : avec le néoplatonisme, l’Homme est au centre de l’univers. Les peintres et les sculpteurs n’hésitent plus à représenter la beauté des corps humains dénudés. L’étude des textes antiques, le renouveau de la philologie avec Lorenzo Valla, permettent aux architectes de s’affranchir du style gothique. Ils utilisent les enseignements de Pythagore et de Vitruve pour élaborer leurs plans. La pensée se libère progressivement des contraintes religieuses et se tourne vers les aspirations au bonheur, à la paix et au progrès. Les écrivains et les philosophes s’intéressent désormais à tous les domaines de la connaissance. Ils recopient et traduisent des manuscrits et recherchent des textes nouveaux. Ces idées renouvelées se diffusent sur le continent européen grâce à l’imprimerie et aux voyages des humanistes. Les premières bibliothèques sont créées telles que la Bibliothèque apostolique vaticane (vers 1450).

Au début du Quattrocento, les contrats passés à Florence exigent du peintre des couleurs de grande qualité, et en particulier l’utilisation du meilleur outremer. Fabriqué à partir de la poudre de lapis-lazuli importée d’Orient, le bleu d’outremer était un produit cher, mais supérieur au bleu allemand (bicarbonate de cuivre) par son intensité et sa stabilité. Utilisé pour mettre en valeur un personnage ou une scène, souligner un geste ou un objet, important dans un tableau ou une fresque, le bleu d’outremer est souvent précisé dans les contrats en nombre de florins par once, donc avec ses multiples nuances. La régression de l’or et des couleurs chères à mesure que s’écoule le XVe siècle, perd de l’importance chez les maîtres florentins et marque un changement significatif dans l’évolution de l’art de la Renaissance et l’histoire des comportements ostentatoires. Peu à peu, les paysages se substituent à l’or et au bleu outremer à l’arrière-plan des personnages. Le mécène devient exigeant sur l’habileté des artistes à peindre des collines et des plaines, des châteaux et des villes, des fleuves et des oiseaux. C’est d’abord le savoir-faire qu’il achète. Qu’il soit prince ou marchand, l’homme du Quattrocento marque de plus en plus sa richesse en achetant un maître de grand talent au détriment de l’or ou de la cherté des couleurs. Vers la fin du XVe siècle, alors que le duc de Milan cherche des artistes pour décorer la Chartreuse de Pavie, son représentant à Florence lui envoie un mémoire sur quatre peintres dont la réputation était alors éclatante : Botticelli, Filippino Lippi, Perugino et Ghirlandaio. Tous, dit-il, ont travaillé pour Lorenzo il Magnifico, « et l’on ne sait auquel décerner la palme ». Les artistes, y compris les grands maîtres, sont donc mis en compétition par les mécènes et on les distingue autant par leur qualité propre et leur aptitude à peindre des fresques et des tableaux que par leur tempérament respectif.

Ce tournant décisif, qui marque la scission entre le Moyen-Age et les temps modernes, est fortement influencé par l’Humanisme et la Réforme. Il se présente comme une réflexion sur les arts classiques de l’Antiquité grecque et romaine et se manifeste par un intérêt accru pour des poètes depuis longtemps oubliés et un enthousiasme pour la sculpture et les innombrables vestiges d’architecture alors redécouverts. La sculpture, qui apparaît alors comme l’art majeur, est la plus précoce dans sa rupture singulière avec le style gothique international. Les sarcophages antiques, en particulier ceux qu’on trouvait au Campo Santo de Pise, comme les statues encore visibles à Rome, fournissent des modèles accessibles (l’architecte et sculpteur Filippo Brunelleschi part pour Rome afin d’exhumer, étudier et évaluer les vestiges antiques, il est accompagné par l’orfèvre et sculpteur Donatello), mais, pour les étudier, il fallait préférer leur « gravitas » (noble gravité) à la grâce du style international. À Florence, la « Laudatio Florentinae Urbis » (1401-1404) de Leonardo Bruni, composée sur le modèle de l’eulogie d’Athènes par Aristide, débute par un éloge de la configuration de la cité, de son organisation géographique, de son architecture, de son territoire et de son agriculture. Unique champion de la cité-État face aux visées hégémoniques, prédestinée par sa tradition historique et sa situation géographique à sauvegarder l’équilibre de l’Italie et les principes des « républiques civiles », telle est cette Florence où Bruni souligne le rôle des citoyens dans l’État, dans la tradition de la « polis » grecque. Il décrit la cité comme un lieu idéal, construit selon un projet rationnel « dans une perspective géométrique qui comprend et définit la fonction historique elle-même ».
Le poète humaniste, Leonardo Bruni (1370-1444). Né à Arezzo, d’où son surnom d' »Aretino », il fut la figure centrale de cet humanisme florentin durant la première moitié du XVe siècle avec son « Panégyrique de la ville de Florence » (Laudatio Florentinae Urbis) à la gloire du républicanisme et des lettres florentines. Mais ce qui, dans le reste de l’Europe, n’était qu’une fleur de rhétorique commença à prendre à Florence une forme artistique. L’humanisme civique trouva bientôt des expressions artistiques originales. L’importance des humanistes dans le développement artistique fut donc capitale. Pour les néo-platoniciens florentins, le beau conduit au divin.

Contexte politique et social

Au XVe siècle, l’Italie est morcelée en petites Cités-États indépendantes aux aires d’influence étendues comme la République de Florence, le Duché de Milan ou encore la République de Venise. Placées généralement sous le pouvoir despotique de grandes  familles (les Médicis à Florence, les Este à Ferrare, les Sforza à Milan, les Gonzague à Mantoue, les doges de Venise et les papes à Rome), elles connurent une stabilité et une prospérité économiques favorables au développement des arts. L’’Italie du XVè est tributaire de ces bouleversements politiques qui secouèrent le pays depuis les XIè et menèrent le pays au morcellement et à l’’autonomie croissante des villes italiennes du centre nord tant à l’égard de l’Empire au Nord, de la papauté au Centre et des invasions arabes au Sud. La lutte entre l’Empire et l’Église entraîna au XIIIè siècle la division des nobles et des cités dans les deux camps des Guelfes et des Gibelins. La situation se pacifie peu à peu et à l’’aube du XIVè, avec la paix progressivement revenue, on assiste au début d’une nouvelle ère de prospérité économique et culturelle, qui durera jusqu’au XVIe siècle et mènera au grand développement intellectuel et artistique de la Renaissance. L’essor économique s’affirme avec les banques.
Politiquement, au XVe siècle, la situation est marquée par ce développement de la puissance des grandes familles nobles et seigneuriales comme les Visconti et les Sforza à Milan, les Gonzague à Mantoue, les Este à Ferrare, les Médicis à Florence, etc… mais aussi à l’’émergence de gouvernements républicains, comme à Venise, Gênes et Florence (cette dernière avant l’avènement des Médicis). Six grands états dominent la péninsule : La république de Venise, la république de Florence (Médicis), le duché de Milan (Sforza), le duché de Ferrare, le duché de Savoie et au Sud le royaume de Naples. Moins importantes, des petites principautés exercent cependant une influence artistique certaine, comme Mantoue, Urbain ou Rimini.

C’est à Florence qui se développe le mieux ce mouvement puissant qui associe les arts et les sciences. Les hommes sont formés très jeunes à cette discipline. Lorsque l’enfant atteint l’âge de onze ans, ses maîtres lui font découvrir les fables d’Esope ou les textes de Dante, mais ils lui dispensent avant tout l’enseignement des mathématiques commerciales à l’usage des marchands. À une époque où les récipients destinés aux transports des marchandises ne sont pas uniformisés, il s’agit en fait d’apprendre à calculer rapidement leur volume, leur contenance. Il ne faut donc pas s’étonner de voir un peintre, Piero della Francesca, exposer dans son « Traité de la géométrie » destiné aux marchands la manière de jauger un tonneau et les calculs à effectuer. C’est par la règle de trois que les hommes de la Renaissance doivent résoudre la question de proportions dans sa vie quotidienne. Ils l’emploient dans les échanges monétaires ou pour trouver une solution aux problèmes posés par les différences de poids et de mesure qui existent entre les villes. La règle de trois est aussi appelée la Règle d’or ou encore la Clé du marchand. D’autre part, la valeur accordée par l’éducation aux techniques de mesure, et donc aux concepts géométriques, permet aux hommes du Quattrocento d’aborder les œœuvres d’art, et notamment les tableaux, en développant une attention particulière à la structure des formes, au volume et à la superficie des corps. La « Sainte Trinité » que peint Masaccio dans l’église Santa Maria Novella est la première œœuvre grandiose qui obéit aux règles de la perspective mathématique énoncées par Brunelleschi. Cette audace est renforcée par la substitution de vigoureuses figures, à la simplicité sculpturale, aux personnages aux courbes gracieuses et délicates du style international jusqu’à alors en vigueur.

L’acte fondateur de la Renaissance

Le concours mis en place pour la réalisation de la deuxième porte du baptistère de Florence en 1401, qui s’’inspire de la porte sud sculptée par Andrea Pisano entre 1330 et 1336 est souvent considéré comme un acte fondateur de la Renaissance artistique. Parmi les sculpteurs confirmés comme Jacopo della Quercia, deux jeunes artistes participent au concours d’’orfèvrerie qui les invite à proposer leur version de l’« histoire du sacrifice d’Isaac », sous la forme d’’une histoire, c’’est-à-dire d’’une représentation narrative d’’une  scène biblique, et non plus d’’une simple évocation. Les deux orfèvres font preuve d’’une sensibilité humaniste et d’’un souci de représentation  presque naturaliste. Toutefois, leurs contributions (que l’on peut admirer aujourd’hui à Florence, au musée national du Bargello) s’’avèrent assez différentes : Lorenzo Ghiberti, qui remporte le concours, dispose sur son panneau les différents éléments nécessaires au récit et évoque un rite antique dans un esprit proche de l’’allégorie. Le choix de Filippo Brunelleschi, en revanche, met l’’accent sur le rapport de forces  entre  les protagonistes et sur la brièveté dramatique de l’’action. Vingt années auront été nécessaires à Ghiberti pour achever son projet. Entre 1425 et 1452, il réalise également la troisième porte du baptistère, surnommée « Porte du paradis » par Michel-Ange. Cette dernière est composée de dix panneaux représentant des épisodes de l’’Ancien Testament. De haut en bas et de gauche à droite, nous avons : la Création d’’Adam et Ève, le Péché Originel, Adam et Ève chassés du Paradis Terrestre , histoire de Noé , histoire d’’Esaü et de Jacob, Moise reçoit les tables de la loi sur le mont Sinaï, la bataille contre les philistins, David vainqueur du géant Goliath, Caïn et Abel travaillant dans les champs, meurtre d’’Abel, apparition des Anges à Abraham, sacrifice d’’Isaac, Joseph vendu aux marchands, la tasse d’or retrouvée dans le sac de benjamin, Joseph se fait reconnaître par ses frères, le peuple d’’Israël traverse le Jourdain, prise de Jéricho et enfin Salomon reçoit dans le Grand Temple la Reine de Saba.  La plupart de ces histoires sont traitées avec une multitude de détails, mais dans un style architectonique et plastique Renaissance.


Détail d’un panneau de la troisième porte du Baptistère « La porte du paradis » (chaque panneau fait 79cm * 79cm)

La construction initiale du Baptistère remonte au IVe siècle, ceci en fait un des plus vieux bâtiments de la ville : la première basilique San Lorenzo consacrée par Saint-Ambroise en 393. Ce n’est pas encore un baptistère et elle deviendra cathédrale au IXe siècle. Rebâti sur un plan octogonal et revêtu de marbre blanc et vert et puis rose sur son extérieur, et coiffé d’une toiture pyramidale, son rôle de baptistère est officiel en 1128, reconnu comme bel exemple d’architecture romane de Toscane. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, tous les Florentins y étaient baptisés.

LES ACTEURS DU QUATTROCENTO

La crise des années 1346-1351 (rappel)
Deux évènements vont briser l’extraordinaire élan du début du 14ème siècle :
– La retentissante faillite des banques Bardi et Peruzzi, en 1346, qui ruine la plupart des vieilles familles florentines.
– La terrible épidémie de peste noire qui ravage l’Europe de 1348 à 1351, causant plus de morts que les deux derniers conflits mondiaux réunis… Florence perd les 2/3 de ses habitants.
Leurs conséquences
– La crise spirituelle qui en résulte voit les dominicains « reprendre en mains » la création  artistique. Un peintre comme Andrea Orcagna délaisse les expériences « modernistes » de Giotto pour revenir à une esthétique byzantine plus orthodoxe.
– Les conséquences économiques sont surprenantes. Il y a une recapitalisation de l’économie, mise à mal par les faillites et la peste, due à une concentration des héritages dans les mains des survivants.
– De nouvelles familles s’imposent, les Médicis par exemple. A l’aube du Quattrocento, on assiste à une redistribution des cartes économiques et politiques.

Florence
Fondée par les Romains en 59 avant J.-C, simple bourgade jusqu’au XIIè siècle, Florence prend son essor grâce à de riches familles de marchands et d’’artisans groupées au sein du « popolo », par opposition aux coteries de la noblesse. Partagée en deux camps par le conflit entre Guelfes et Gibelins, la ville voit le pouvoir échapper aux nobles au profit de la bourgeoisie marchande. La commune se développe et la paix de Constance, octroyée par l’empereur Frédéric I Hohenstaufen en 1183 voit la ville acquérir son autonomie.
Du XIIe au XIVe siècle, Florence connaît de profonds bouleversements politiques et sociaux avec l’essor des popolo, et le conflit entre les Guelfes et Gibelins qui partage l’Italie et Florence en deux. Ces deux processus accompagnent le développement de la commune qui comme dans les autres villes de l’Italie septentrionale, désigne l’émergence de gouvernements autonomes. Les communes italiennes y acquièrent des droits souverains qui en font de véritables cités – États. Fin XIIIè les corporations de marchands l’’emportent définitivement et interdisent aux nobles l’accès aux charges et limitent la taille des tours qu’ils avaient érigées. Florence s’affirmait fièrement comme l' »héritière de la Rome glorieuse » selon l’expression du chancelier florentin Coluccio Salutati en 1377, comme « la fille et la fibre même de Rome », selon le chroniqueur Filippo Villani. Réduite de 120 000 à 40 000 habitants par la grande peste noire en 1348-1350, Florence se rétablit lentement, mais elle reste une des principales villes d’Europe. Organisée en puissantes corporations rivales, elle formait une république oligarchique marchande, que menaçaient Naples et surtout Milan, aux mains des Visconti. Sa richesse était fondée sur la banque, et sur la fabrication et le commerce de la laine et de la soie. À partir de 1422, la fabrication de brocarts mêlant fils d’or et de soie permit aux étoffes florentines de surclasser les soies orientales et d’envahir tous les marchés européens.

Florence au 15e siècle

Les Médicis
Au début du XIVe siècle, Florence passe sous un régime de seigneurie personnelle : Charles de Calabre la gouverne en 1323, à qui succède le duc d’Athènes en 1343. Mais au milieu du siècle, la ville connaît une véritable crise, marquée par une insurrection populaire contre le seigneur, duc d’Athènes, la faillite des grands banquiers Peruzzi en 1343, la grande peste en 1348 qui tue la moitié de la population de la ville. Puis ce sont diverses factions qui se disputent le pouvoir jusqu’en 1434, année où les Médicis deviennent maîtres de Florence.
Originaires du Mugello, à 30km au nord de Florence, les Médicis émigrent à Florence au cours du XIIIè pour profiter de l’expansion économique que connaît la République des fleurs. Ils s’y adonnent au change et à la banque. Chiarissimo de Medici est le plus vieil ancêtre connu de la famille. En 1397, Giovanni di Bicci fonde la banque des Médicis, l’une des plus importantes d’Europe à son époque, et diversifie ses activités en créant deux ateliers de laine à Florence, alors l’industrie dominante de la ville. Il devient rapidement le second citoyen le plus riche de la République.

Cosme l’’Ancien
Son fils Cosimo il Vecchio (1389-1464) ou Cosme l’Ancien défait en 1434, après son retour d’’exil, la puissance du parti des Albizzi et, tout en maintenant les apparences démocratiques des institutions florentines, contrôle totalement la vie politique de Florence. Adepte du clientélisme, il a le soutien des masses populaires et place dans les organes républicains des hommes loyaux et redevables dont aucun n’’oserait agir à l’encontre de ses désirs. Grâce à cela, il peut mener la banque familiale à son sommet, devenant un des hommes les plus riches d’’Occident, banquier des Papes et des Rois, magnat des produits de luxe et industriel de la laine et de la soie. Ainsi il peut investir des sommes considérables au service de l’’art : architecture, sculpture, peinture, collection de pierres précieuses et d’objets d’orfèvrerie, recherche de manuscrits anciens, création de la « bibliothèque laurentienne », première bibliothèque publique d’Europe. Il est à l’origine du trésor des Médicis que chacun de ses successeurs enrichira. A sa mort en 1464, son fils aîné Piero lui succède. Bien que malade, il parvient à éliminer toute opposition en déjouant un complot, et à s’’attirer l’’amitié de Louis XI. Malgré des difficultés financières, il réussit à accroître l’’emprise de la famille sur la ville. A sa mort en 1469, son fils Laurent, 20 ans, n’’a aucun mal à lui succéder.

Laurent le Magnifique.
Sous le gouvernement de Laurent « le Magnifique » (1469-1492) Florence connaît son apogée. La République conserve ses institutions démocratiques, mais totalement vidées de leur contenu et de leur sens. C’est Laurent qui gouverne, sans toutefois se comporter en despote. Il fait de la ville, foyer intellectuel et artistique de premier plan, une puissance politique majeure dont le principe premier est basé sur le principe d’’équilibre entre les États italiens pour assurer le maintien de la paix et le développement du commerce et des affaires. Il se heurte cependant à l’’ambition du pape Sixte IV qui souhaite élargir l’État pontifical, notamment en Toscane. Le pontife est au cœoeur de la conjuration des banquiers Pazzi en avril 1478, au cours de laquelle son frère Julien est tué et lui-même blessé. Suite à la répression sanglante, Florence se trouve en guerre contre l’’état pontifical auquel s’est allié le royaume de Naples. Il lui faut un art consommé de la diplomatie pour éviter le pire et en 1480, il parvient à signer la paix avec le roi de Naples, ce qui fait croître sa popularité et dont il profite pour affermir son pouvoir. Il encourage les arts et les lettres, mais peu enclin aux affaires comme son grand-père, il laisse décliner la banque familiale, préférant les arts et la poésie auxquels il se consacre avec talent. Sa mort prématurée en 1492 marque la fin de la première phase de l’histoire de la famille des Médicis et le la première phase de la Renaissance italienne.

La fin des premiers Médicis
Fils de Laurent, Pietro rompt avec la tradition familiale et gouverne en despote imbu et méprisant. La descente du roi de France Charles VIII en Italie en 1494 cause sa chute : incapable de faire face à la situation, il est chassé de la ville avec sa famille par les Florentins. Jusqu’en 1511, la ville des fleurs recouvre ses institutions démocratiques d’abord sous la « démocratie mystique » du dominicain Savonarole, qui finira sur le bûcher en 1498, puis sous Soderini, élu gonfalonier à vie en 1502. Les dissensions internent ruinent la république, et en 1511 les Médicis se retrouvent au pouvoir. Ils s’y comporteront comme des monarques, considérant la ville comme leur bien personnel.

LE MIRACLE FLORENTIN
Les survivants de la peste veulent remercier Dieu de les avoir épargnés. Il en découle un phénomène d’actions de grâce comparable à celui qui suivit les terreurs de l’an mil. Les grands chantiers sont rouverts; des concours sont lancés :
–  1401 : concours pour la porte nord du baptistère, remporté par Ghiberti.
–  1418 : concours pour la coupole de la cathédrale, remporté par Brunelleschi.
Les concours créent un véritable climat d’émulation entre artistes confirmés et jeunes créateurs.

LE NOUVEAU MÉCÉNAT
On passe d’une civilisation des maisons tours à une civilisation des palais. Les arts somptuaires (de décoration luxueuse) en sont stimulés : ils assurent la réputation de Florence à l’étranger. Des familles nouvellement promues par les circonstances, comme les Médicis, se lancent dans un mécénat de propagande destiné à faire oublier leurs humbles origines et à justifier leur captation progressive du pouvoir. Les nouveaux mécènes font confiance à de tout jeunes artistes, misant ainsi sur l’innovation : Masaccio n’a que 25 ans lorsqu’il peint les fresques de la chapelle Brancacci.
Les artistes du XVe siècle, souvent associés en compagnies dans des communautés d’atelier, sont donc portés par l’estime générale de leurs commanditaires et un certain orgueil de caste. Tous ont conscience de vivre, une grande époque de la création artistique, à l’image de Leon Battista Alberti dédicaçant en ces termes son « Traité de la peinture » à Brunelleschi :

« Depuis que, de cet exil où nous, les Alberti, nous avons vieilli, je suis rentré dans cette patrie, de toutes la plus ornée, j’ai constaté que les œœuvres de beaucoup, la tienne d’abord Filippo, celle de notre très cher ami sculpteur Donato, celle de Nencio, de Luca, de Masaccio, étaient aussi louables et riches de talent que les plus célèbres et les plus anciennes. C’est alors que j’aperçus que c’était plus à notre intelligence et à notre diligence qu’à la nature et à l’époque qu’appartenait le pouvoir d’être loués pour n’importe quelle vertu. Pour les anciens, qui avaient des exemples à imiter et des préceptes à suivre, atteindre dans les arts suprêmes ces connaissances qui exigent de nous tan d’efforts aujourd’hui était sans doute moins difficile. Et notre gloire, j’avoue, ne peut être que plus grande, nous qui, sans précepteur et sans exemple, avons créé des arts et des sciences jamais vus ou entendus ».

LE NOUVEL HUMANISME
Historiens,  philosophes et philologues sont les premiers à formuler ce nouvel état d’esprit : l’expérience leur apparaît plus fondamentale que la théorie. La recherche de l’authenticité des textes se révèle plus importante que leur commentaire. Les certitudes médiévales cèdent la place à l’interrogation. L’erreur elle-même peut devenir source de connaissance.
Une « révolution » des arts La formation polyvalente des artistes et les liens étroits qu’ils entretiennent avec les humanistes facilitent leur capacité à codifier leur art dans des traités qui diffusent dans toute l’Italie la conception florentine de l’art. L’aboutissement de cet état d’esprit s’incarne dans l’extraordinaire personnalité d’Alberti et plus tard dans celle de Léonard de Vinci.
Cette « révolution » esthétique est d’abord celle des architectes et de Brunelleschi en particulier. Vers 1416, il se livre à des expériences visuelles qui le conduisent à proposer les lois de la perspective linéaire.

LES GRECS À FLORENCE
Le concile de Florence. En  1439, il réunit le pape, l’empereur romain d’Orient et le patriarche de Constantinople. De nombreux intellectuels grecs accompagnent ces deux dernières personnalités. A la demande de Cosme l’Ancien, certains d’entre eux choisissent, à la fin du concile, de rester à Florence.
La chute de Constantinople. Ces intellectuels préparent ainsi l’accueil de l’élite byzantine qui se réfugie à Florence après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Dans leur exil, ces savants emportent de précieux manuscrits anciens. Ces deux phénomènes sont à l’origine de la création d’un mouvement de pensée néo-platonicien qui détermine le caractère très intellectuel de l’art florentin.

Le 7 février 1469 se déroule sur la place Santa Croce un somptueux tournoi pour célébrer les 20 ans de Laurent le Magnifique. Les plus grands artistes de la ville participent à la « mise en scène » de cet événement. Quelques mois plus tard, Laurent succède à son père dans la gestion de la cité. Désormais, le « miracle florentin » est incarné par la jeunesse d’un homme qui a choisi comme devise: « Le temps revient ».

LES PEINTRES MAJEURS DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE

Filippo BRUNELLESCHI (1377-1446) l’initiateur.

L’’invention de la perspective est souvent attribuée à Brunelleschi. Il aurait peint les premiers tableaux représentant des bâtiments en perspective. Il va beaucoup influencer les peintres de la Renaissance. Après un voyage à Rome où il étudie les monuments antiques, puis il décide de se consacrer à l’’architecture. En rupture avec l’’art gothique, il cherche des volumes simples et s’’inspire des formes de l’’Antiquité : la coupole, l’’arc… Florence lui commande la coupole de la cathédrale de Santa Maria del Fiore. La taille de la coupole est une prouesse technique.

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Florence et le peintre Masaccio (chronologie des événements)

Vers 1300, Florence compte 50 000 habitants et se place en troisième position des citées italiennes derrière Milan et Venise. La ville est contrôlée par « lesarti », corporations de marchands au nombre de 21 avec 7 majeures et 14 mineures dont les principaux sont ceux des changes, des juges et surtout celui de la « Calimala », quartier de Florence, où se réunissent les marchands spécialisés dans l’affinage des draps et les produits exotiques. Les peintres, jusqu’à Masaccio, feront partie de la corporation des médecins et apothicaires du fait de la préparation des pigments, ils deviendront ensuite indépendants dans la compagnie de St Luc (1424).
* 1348 crise économique grave à cause de la peste noire, la cité est ruinée tout comme Sienne.
* 1370, reprise grâce à l’arrivée de nouveaux riches dont Les Médicis, riches bourgeois de la province.
* En 1420, Florence compte 40 000 habitants. La menace des ducs de Milan (les Visconti) s’est réduite avec la mort du Duc en 1402. Florence conquiert Pise en 1406 et achète Livourne en 1421. Elle a ainsi accès à la mer et devient ainsi un État (République).
* En 1434, Cosme de Medicis entre à Florence et installe le pouvoir de la famille durant trois siècles jusqu’en 1737. L’argent gagné dans le commerce est réinvesti dans les grands chantiers de la ville, sont achevés la cathédrale, le baptistère, San Michel, San Lorenzo, Saint-Marc, ainsi que les palais dont Médicis Ricardi par Michelozzo (prononcer Mikelozzo) et le palais Rucellai (Alberti) années 1440-1460.
Mais beaucoup plus tôt, les artistes et humanistes ont conscience de vivre une nouvelle époque. C’est déjà le cas dans l’enfance de la renaissance avec Dante, Pétrarque et Boccace qui sont les contemporains toscans de Cimabue et Giotto. Dans « La Divine Comédie » (1307-1321), Dante soutient que Cimabue a longtemps eu le « cri » en peinture, mais que c’est maintenant Giotto qui l’a. Boccace fait l’éloge de Giotto, vantant son talent d’imitation qui l’éloigne de la beauté figée des Grecs.
En 1447, Lorenzo Ghiberti dans « I Commentari » définit le nouvel âge comme s’opposant au Moyen-âge avec un retour à la nature pour la peinture, un retour à l’antiquité classique pour l’architecture et une forme médiane pour la sculpture. Mais c’est surtout Leon Battista Alberti qui consacre les trois maîtres de l’adolescence de la renaissance dans « De pictura », son traité de la peinture paru en version latine 1435 puis italienne en 1436. Il est alors dédicacé à Brunelleschi. Sont mis en avant, outre l’architecte, trois sculpteurs Donatello et Ghiberti, Luca della Robbia et un seul peintre Masaccio. La perspective y est décrite comme l’apport majeur de Brunelleschi. Elle est l’ensemble des règles pour
retranscrire, de façon « correcte », sur une surface binaire des objets en trois dimensions.
Il y avait déjà de la perspective avant Brunelleschi, qui retranscrit des vues de ville sur des panneaux, mais les règles n’avaient pas été découvertes. Giotto avait ainsi trouvé des solutions empiriques pour figurer la profondeur avec des lignes de fuite. Ambrogio Lorenzetti est même probablement l’auteur de la première perspective mono-focale (Annonciation, avec dallage en perspective, 1344 Pinacoteca Nazionale, Sienne).
Mais c’est Masaccio qui, en 1422, treize ans avant « De pictura », présente une première pyramide visuelle avec un « Triptyque avec Vierge à l’enfant et saints » unifié par un seul point de fuite.
En 1424, il reçoit la commande de la chapelle Brancacci de l’église Santa Maria Carmine avec son aîné, Masolino, 40 ans, qui maîtrise les techniques de la fresque et des pigments. Felice Brancacci, le commanditaire, est ambassadeur et il épousera en 1431 la fille de Palla Strozi, humaniste et plus riche marchand de la ville, bientôt en lutte contre les Médicis. Masaccio a alors 23 ans, le cycle commence en 1424-25. Brancacci est arrêté lorsque Masolino part pour la Hongrie et Masaccio reprend seul en 1426, « Le paiement du tribut » et « Saint-Pierre guérissant les malades par son ombre », reprises encore, les fresques ne seront achevées par Filippino Lippi, le fils de Filippo, qu’en 1480-1490.
Les fresques représentent la vie de saint Pierre en 12 panneaux principaux.
Autres peintures de Masaccio « Vierge et Sainte-Anne » pour St Ambroggio (Offices) avec Masolino, enfant Jésus au torse adolescent Triptyque pour l’église des carmes à Pise, 1426 commande seule mais sur menuiserie archaïsante avec fond d’or la vierge à l’enfant est à la N. G. à Londres la Crucifixion avec son Jésus sans cou car en hauteur au Capodimonte à Naples et la prédelle avec la crucifixion de Saint-Pierre à Berlin La Trinité (Santa Maria, Florence), parcours ascensionnel depuis le memento mori vers les hommes priants, la sainteté (Marie et Saint-Jean) puis la Trinité. Les deux donateurs agenouillés devant un arc de triomphe avec chapiteaux ioniques Dieu le père soutient le crucifix.
Masaccio est ensuite appelé à Rome pour le maître autel de Santa Maria Maggiore aujourd’hui dispersé (Philadelphie, Rome) et dont Masaccio a peint Saint-Jérôme et Jean-Baptiste (N. G. Londres). Masaccio meurt à Rome à 28 ans, probablement empoisonné. L’influence de Masaccio sur ses contemporains prit environ huit ans et débute avec la génération suivante, celle qui n’est pas citée par Alberti dans « De pictura ». Légère influence pourtant sur Masolino et Gentile da Fabriano dans leurs Vierges à l’enfant jusqu’à une influence forte sur Piero della Francesca et revendiquée par Michel-Ange et Leonard de Vinci.
Il faudra attendre quelques années avant que son influence devienne vraiment dominante dans le domaine de la peinture. Les commanditaires de l’époque étaient plutôt éblouis par les œœuvres de Masolino, l’élégance courtoise des œœuvres de Gentile da Fabriano (1370-1427) auquel le beau-père de Felice Brancacci, Palla Strozzi, demande, en 1423, le tableau le plus cher du XVème avec des feuilles d’or couvrant toute la surface à peindre. Il s’agit d’une « Adoration des mages » (Florence), ou bien encore les silhouettes nerveuses des reliefs de Ghiberti. Dans sa « Porte du paradis » du baptistère de Florence, Ghiberti utilise une perspective bifocale, chaque panneau à son point de vue, refus de la méthode en pyramide. Paolo Uccello, la bataille de San Romano (Louvre) encore ancienne perspective non pas pyramide mais cercle, scène de chasse (Oxford).
L’influence réelle sera sur Piero della Francesca, lorsqu’en 1435 il vient à Florence. Le 12 septembre 1439, Piero est signalé sur les échafaudages du chœoeur de l’église Sant’Egidio à Florence, où il peignit en collaboration avec son maître Dominico Veneziano (1410-1461) un cycle de fresques aujourd’hui perdues.
En 1438, Domenico Veneziano a conscience d’un changement ; les bons peintres sont Fra Angelico (1395-1455) et Filippo Lippi (1406-1469) tous les deux non cités par Alberti avec, pour exemple l’Annonciation (1435) du Prado ou le couronnement de la Vierge (Louvre) et, pour Lippi, « La vierge de l’humilité » et surtout « La Pala » (1435, Louvre) avec les deux crosses asymétriques qui mesurent l’espace.


Masaccio Vierge à l’enfant avec-Sainte-Anne (tempera sur bois) 1424

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Piero della Francesca (1420-1492)

Peintre, mathématicien et théoricien de l’art italien de la Renaissance, dont le parcours esthétique vise à la synthèse des différentes recherches contemporaines dans le but d’aboutir à un système universel de figuration qui établit la peinture comme reflet de la connaissance. Une étrange et envoûtante poésie se dégage de sa peinture, elle provient du contraste étonnant entre un dessin et une composition savante et géométrique, et une douce et subtile lumière qui nimbe les corps. Il peint la Flagellation du Christ d’Urbino en 1444. Son œœuvre majeure est l’ensemble de fresques du chœur de l’église San Francesco à Arezzo, qui retrace l’histoire de la croix du Christ, inspirée de « la Légende dorée » de Jacques de Voragine, qui raconte la vie d’environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens, et certains épisodes de l’année liturgique, commémorant notamment la vie du Christ et de la Vierge.

Piero della Francesca   Ritratto Battista Sforza I Federico da Montefeltro 1474

Piero della Francesca « Madonna and Child with Saints »

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Peintres florentins également importants du Quattrocento : Fra Angelico (1388-1455), Domenico Veneziano (1405-1461), Filippo Lippi (1406-1469), Ucello (1397-1465), Andréa del Castagno (1417-1457), Bartolommeo (1396-1472), Battista Alberti (1404-1472).

Peintres vénitiens du Quattrocento :  Carlo Crivelli (1430/35-1495), Giovanni Bellini (1430-1516), Gentile Bellini (1429-1507), Vittore Carpaccio (1460-1526), Domenico Ghirlandaio (1449-1494), Andrea del Castagno (1390/1406-1421/57), Sandro Boticelli (1445-1510).

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Domenico Ghirlandaio (1449-1494) Domenico di Tommaso Curradi di Doffo Bigordi, appelé couramment Domenico Bigordi dit Domenico Ghirlandaio, né le 11 janvier 1449 à Florence, mort le 14 janvier 1494 à Florence, est un peintre italien de l’école florentine. Son père, Tommaso di Currado Bigordi, est présenté par Vasari, comme « un orfèvre plus que correct ». Le surnom de Domenico, Ghirlandaio, viendrait, d’après Vasari, d’une parure en forme de guirlande inventée par son père. Toutefois, dans les relevés cadastraux de 1457, 1470 et 1480, ce dernier est inscrit comme courtier, et non comme orfèvre, ce qui permet de douter de l’anecdote de Vasari.
En 1475, Domenico Ghirlandaio est appelé une première fois à Rome. Il est choisi, avec son frère David, pour peindre à fresque les lunettes de la bibliothèque de Sixte IV, au Palais du Vatican. Il y peint douze figures de philosophes antiques (Aristote, Antisthène, Cléobule, Diogène, Platon et Socrate) et de Pères de l’’Église ( Saint-Ambroise, Saint-Augustin, Saint-Bonaventure, Saint-Grégoire, Saint-Jérôme et Saint-Thomas d’Aquin).
De 1482 à 1484, Domenico travaille à la décoration de la salle des Lys du Palazzo Vecchio à Florence. Il peint ensuite les fresques de la chapelle familiale des Sasseti à Santa Trinita de Florence et du choeœur de Santa Maria Novella (1485-1490). Il peint vers 1490, son Portrait d’un vieillard et d’un jeune garçon (conservé au Musée du Louvre), connu pour son illustration incroyable de réalisme d’un rhinophyma. Lorenzio Tornuaboni lui commande en 1491 un retable représentant la Visitation pour une des chapelles de l’église Santa Maria Maddalena dei Pazzi, à Florence. Le tableau est aujourd’’hui au Musée du Louvre à Paris. En 1492, Domenico peint deux retables pour l’’Abbaye des camaldules de San Giusto, près de Volterra. Un d‘’entre eux, un Christ en gloire, est conservé à la Pinacoteca communale de Volterra. L’’autre est perdu. Domenico Ghirlandaio meurt brutalement le 11 janvier 1494, emporté en cinq jours par la peste, selon Vasari.
Son fils Ridolfo del Ghirlandaio a été également portraitiste.


Domenico Ghirlandaio « portait de femme » (1490)

Domenico Ghirlandaio « La Sainte Trinité »


Ghirlandaio Le vieillard et l’enfant (1488)

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Sandro Botticelli est né à Florence entre mars 1444 et 1445, Alessandro ou Sandro Filipepi dit Botticelli passa toute sa vie à Florence. Son père tanneur de son état avait plusieurs fils, quatre d’après sa déclaration au cadastre!
Vers 1460, il entre dans l’atelier de Fra Filippo Lippi, moine et peintre très réputé à Florence principalement pour ses peintures religieuses. Là, Sandro travaille auprès d’autres artistes tels Antonio del Pollaiuolo et Andrea del Verrocchio, qui influenceront sa technique de la ligne.
A cette époque, les artistes apprennent différentes sortes d’art en dehors de la peinture, tels que l’orfèvrerie, la ciselure, la gravure, les émaux. Ceux-ci exigeaient une grande maîtrise et une précision dans les ornements et le traçage des contours.
En 1466, il peint une  » Vierge à l’enfant et un ange » dans l’atelier de Lippi, puis sur le même thème différentes vierges telles que  » La Vierge de la Loggia » et « La Vierge à l’enfant, les deux anges et Jean-Baptiste » commandes faites par différentes familles de la ville.
Ces techniques marqueront sa formation jusqu’en 1467 ( date du départ de Filippo Lippi ). Son père achète une maison à Florence Via della Porcellanna près de l’’Église Ognissanti, c’est là qu’il installera son atelier à partir de 1470.
En 1468, il achève  » Adoration des Rois Mages » où il doit quitter le cadre intimiste des peintures pieuses pour une technique plus complexe qu’est la perspective, vu le nombre de personnages.
La même année, le tribunal de Florence lui commande une peinture représentant  » La Force », afin de l’installer au-dessus des sièges des juges, aux côtés des œœuvres de Verrocchio et Pollaiuolo.
Cela lui permettra d’obtenir une reconnaissance et une certaine réputation et de vivre plus aisément grâce aux commandes des familles florentines et des ecclésiastiques. C’est à cette période qu’il peindra la  » Vierge à l’enfant avec les six Saints » (1470), « Saint-Sébastien » (1474) peint sur un pilier de l’Église Santa Maria Maggiore.
En 1474, la famille Pucci ( très influente à Florence et ennemie des Médicis! ) lui commande un « Tondo », peinture décorative de forme ronde ayant pour thème  » L’adoration des mages » , pour une de leur salle de réception.
La même année, G. di Zanobi del Lama ( partisan des Médicis ) lui commande une autre « Adoration des Rois Mages » pour la Chapelle Santa Maria Novella. Ce tableau restera célèbre par le fait que tous les personnages représentés sont des hommes de la cour ou de l’entourage des Médicis, Botticelli y réalise son autoportrait afin de témoigner ses liens privilégiés avec la puissante famille.
Dès lors, on lui commandera des portraits, comme  » Portrait d’homme avec la médaille de Cosme l’Ancien »,  » Le portrait de Julien de Médicis » en 1476. La Famille Vespucci, lui commande plusieurs travaux, dont la célèbre fresque de  » Saint-Augustin » qu’il peint en 1480 dans l’Église Ognissanti, et qui consolidera sa réputation…
Le Pape Sixte IV l’appelle à Rome pour réaliser les fresques  » Les Épreuves de Moïse »,  » La tentation du Christ » et  » La Punition des rebelles » pour la Chapelle Sixtine en 1481.
Le talent de Sandro Botticelli est totalement reconnu, il reçoit des commandes de toutes les familles influentes de Toscane. Son atelier avec la collaboration d’autres peintres réalise des tableaux et des fresques célébrant les grands événements familiaux destinés à décorer leurs palais.
Il peint  » Nastagio degli Onesti » pour les Pucci en 1482, faisant partie d’un cycle de quatre tableaux relatant  » le Décaméron » de Boccace.,transposé dans la Florence de l’époque. Il commence également une série de dessins illustrant  » La divine comédie » de Dante  » à la demande de Lorenzo de Médicis.
La célèbre fresque  » L’allégorie du printemps » est aussi réalisée en 1482 dans le Palais de Castello pour la famille Médicis.  » Vénus et Mars » (1483) semble avoir été commandé par la famille Vespucci à l’occasion d’un mariage.
Quant à  » La naissance de Vénus » qui représente pour la première fois la nudité féminine non biblique elle sera peinte en 1485. et sera destinée à une villa de campagne appartenant probablement aux Médicis. Il continuera à peindre des scènes religieuses en dehors des peintures « profanes ».
Dans les années 1490, Florence subit une crise politique et religieuse sous l’influence de Savonarole, celui-ci annonce la fin du monde, prêche la pénitence, l’ascétisme sous peine du châtiment divin. La peste envahie Florence, Savonarole influence très fort le peuple et provoque une crise qui condamne les familles florentines qu’il juge trop riches et vaniteuses. De 1497 à 1498, il organise des bûchers où seront brûlés les bijoux, les livres, tableaux, sculptures…
Excommunié par le pape, Savonarole sera arrêté, torturé, pendu et brûlé en mai 1498.
Cette crise affectera profondément Botticelli, le tableau  » La déploration du Christ avec les Saints : Jérôme, Pierre et Paul » qu’il peint en 1490 témoigne de ce doute et veut éveiller la compassion des croyants. Il en sera de même pour ces autres toiles  » La Trinité avec Marie-Madeleine » ( 1493) « La Vierge à l’enfant avec Jean-Baptiste » (1495) et  » La crucifixion avec Marie-Madeleine » (1497).
Botticelli a partagé les idées et convictions de Savonarole, cela se retrouve dans ses tableaux de façon symbolique, tels les rameaux d’oliviers, allusion aux rameaux que l’on portait lors des processions organisées par le moine hérétique. Dès 1498, son style évolue vers des compositions plus engagées et rebelles envers le pouvoir des Médicis. Par exemple  » L’histoire de Virginie » ou  » L’histoire de Lucrèce » peints entre 1498 et 1504.
En 1500, il s’engage dans la représentation de la vie de Saint Zénobe ( premier évêque de Florence) en quatre tableaux qu’il fera achever par son atelier étant devenu infirme.
A partir de 1504, il ne peut plus peindre, il mourra en mai 1510 dans sa maison de la Via della Porcellanna où il aura travaillé toute sa vie, en ayant eu la chance d’être reconnu comme l’un des plus grands peintres de son époque.

L’annonciation

Sandro Botticelli « Portrait de Simonetta Vespucci »

Sandro BOTTICELLI « La Naissance de Venus » (1485)

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 Antonello da Messina (Messine, 1430 – 1479)

Fils d’un tailleur de pierre de la ville de Messine, né en 1430, Antonello da messina passe quelque temps à Naples et fait ses classes chez le maître Colantonio. Lors d’un séjour à Rome, il semble avoir découvert l’œœuvre du toscan Piero della Francesca, comme le montrent ses premiers croquis. Antonello de Messine fut un des premiers peintres italiens à utiliser la peinture à l’huile qui faisait à l’époque la renommée des peintres flamands. En effet, la peinture à l’huile permet des effets de transparence, une finesse et une précision bien supérieurs à ceux obtenus avec les techniques de peinture a tempera ou à la détrempe, encore majoritairement utilisées en Italie. Antonello da Messina découvre et acquiert cette technique de l’huile à la cour de Naples dans les années 1450. Cette peinture était admirée par les rois de Naples, du roi René à Alphonse d’Aragon qui possédait la plus importante collection d’œœuvres de Jan van Eyck et de Roger van der Weyden, et leurs successeurs, à une époque où Naples était un grand centre politique et culturel.
Contrairement à une idée assez répandue, Antonello n’apporte pas la technique à l’huile déjà connue des Italiens, mais familiarise ses concitoyens à certains de ses effets exploités par les maîtres flamands, notamment la transparence des couleurs (plus particulièrement le glacis ou sfumato) qui permis par la suite à De Vinci de réaliser sa fameuse Joconde. Il est un des premiers peintres italiens à reprendre le modèle du portrait de trois quarts illustré par Van Eyck, avec cadrage élargi et fond abstrait généralement noir. Il développe aussi le goût pour les petits formats. A son tour, Antonello de Messine, maître de la Renaissance à part entière, va inspirer Bellini, Carpaccio, Giorgione et surtout le Titien. Il est décédé en 1479, en laissant une œuvre qui va inspirer plusieurs générations de peintres. Ils sont quelques-uns, nés à la même période, entre 1420 et 1440, à flirter avec la Renaissance, comme Filippo Lippi, mais aucun ne mérite, autant que lui, de figurer pleinement dans le chapitre de la Renaissance du Quattrocento, voire du mouvement Renaissance globalement. Beaucoup sont encore prisonniers du graphisme du Moyen-Age, de ces visages et tenues (vêtements) sans détail, de ces couleurs assez ternes, de ce trait avare, timoré. Le «Portrait d’homme», dit «Le Condottiere» est l’une des œœuvres les plus célèbres et les plus révélatrices de l’emprise des Flamands sur l’œuvre d’Antonello da Messina. En effet, ce dernier fait le lien entre deux modèles de portraits, en s’inspirant des œuvres flamandes et en diffusant ensuite ce nouveau style à Venise. Dès le début du XVe siècle, le portrait prend une place importance chez les peintres du quattrocento. Alors que le modèle en vogue en Italie est celui du portrait de profil, évoquant la numismatique antique.


Saint Jérôme dans son cabinet de travail 1475


Le Codonttiere  1474

Antonello da Messina Saint Sébastien
Saint Sébastien 1477

3 réflexions au sujet de « La première Renaissance (le Quattrocento – XVe siècle) »

  1. La dernière image montre une composition très moderne et très éloignée de l’art gothique.

  2. Oui, très éloigné de l’art gothique au point qu’on pourrait la croire actuelle ! (vêtements exclus)

  3. bonjour, je sais que ce n’est pas le lieu mais je ne trouve pas le moyen pour obtenir le mot de passe me permettant de lire certains articles
    si vous pouviez m’aider
    encore pardon pour cette intrusion
    sophie

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