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Archive de la catégorie Le Naturalisme
Le Naturalisme (histoire de l’Art)
24.8.2010 by admin.
Le terme même de naturaliste est attesté en français dès l’année 1527, au sens de “celui qui étudie l’histoire naturelle”. En peinture, le naturalisme est un mouvement artistique apparu, plus précisément vers 1870 en France. Il se poursuivra jusqu’en 1890. Ce mouvement, faisant suite au néo-classicisme (1750-1830), au romantisme (1770-1870) et ensuite à l’académisme (ou l’art pompier 1850-1875). Une fois que les dogmes académiques fussent détruits, que les nuages du romantisme furent dissipés, les arts aussi bien que la littérature tendent de plus en plus vers la vérité, fusse-t-elle laide !
Baudelaire apportera sa contribution à l’essor de ce mouvement, mais c’est surtout le critique d’art Castagnary qui suggère l’émergence d’une “école naturaliste”, dont il dit, dans son Salon de 1863, qu’elle “affirme que l’art est l’expression de la vie sous tous ses modes et à tous ses degrés, et que son unique but est de reproduire la nature en l’amenant à son maximum de puissance et d’intensité : c’est la vérité s’équilibrant avec la science”. Ce mouvement accorde une importance primordiale aux motifs d’époque, à la nature exactement perçue dans de grandes fresques champêtres, et surtout au monde paysan ou ouvrier, plutôt qu’à peintre des scènes historiques, allégoriques ou mythologiques. Il vise donc à reproduire une réalité objective, voire même “sociale” puisqu’il remet l’anonyme au centre de la toile.
Comme les impressionnistes, apparus presque en même temps, ils se croisent, chevalet en main dans cette nature dès 1870.
Pour mieux comprendre cette école du naturalisme, il faut la comparer au réalisme, ces deux variantes d’un même concept se réunissent autour d’un axiome, le goût du réel et de la scène présente qu’ils s’attachent à reproduire selon les mêmes canons. Cette notion de Réalisme et de Naturalisme est issue des écrits de Zola qui furent à l’origine de la naissance de ce mouvement pictural bicéphale. Toutefois, réalisme et naturalisme s’en éloignent picturalement quant au traitement de cette réalité, notamment quant aux conditions historiques politiques et socioculturelles qui émergence de cette époque. Même si les réalistes contestent la thématique traditionnelle des écoles antérieures, ils valorisent eux-aussi l’individu sans distinction qu’ils incluent dans les nouveaux mécanismes humains et sociaux.
Zola reprend ce thème en 1865 en lui donnant plusieurs sens. Taine, écrit-il par exemple en 1866, est « un philosophe naturaliste » parce qu’ « il déclare que le monde intellectuel est soumis à des lois comme le monde matériel, et qu’il s’agit avant tout de trouver ces lois, si l’on veut avancer sûrement dans la connaissance de l’esprit humain ». En 1881, il précise : « Les naturalistes reprennent l’étude de la nature aux sources mêmes, remplaçant l’homme métaphysique par l’homme physiologique, et ne le séparent plus du milieu qui le détermine ».
Entre la période Réaliste et celle du Naturalisme, il y a eu les progrès considérables des sciences, en particulier pour ce qui nous concerne : la physiologie. Le terme physiologie a été utilisé au XIXe siècle par les écrivains réalistes pour qualifier de petites études de mœurs l’analyse de personnages typiques comme les concierges, les curés de campagne, le bagnard ou la femme de trente ans dont certains sont regroupés dans l’ouvrage « les Français peints par eux-mêmes », à titre d’exemple on citera Balzac et sa « Physiologie du mariage ».
Avec les réalistes et les naturalistes, ce n’est pas la technique qui devient révolutionnaire, mais le traitement des sujets peints. Les réalistes et naturalistes appliquent un réalisme intégral, ils peignent ce que voient les yeux, sans que l’intelligence n’intervienne pour sacraliser le sujet ou divertir l’esprit de l’observateur vers d’autres pensées. Ainsi, Courbet, représente les paysans non avec l’observation affectueuse d’un Millet, mais comme s’il s’agissait d’animaux singuliers, plus laids que les autres bêtes; les modèles féminins sont des maritornes, et on donne une impression puissante de nature.
Le Réalisme vise à représenter la réalité telle qu’elle est, sans chercher à l’idéaliser, par opposition au Romantisme. Le Naturalisme, par contre, consiste à décrire les choses comme un scientifique décrirait la nature, mais le naturaliste renforce ou développe certains caractères du Réalisme (il grossit le trait, dirait-on, un peu à la manière d’un scénariste un peu partisan !). Le naturaliste est donc, un peu sous influence (médecine, psychologie, machinisme, révolution industrielle, etc). On pourrait aussi donner un autre angle de vue en disant : que les réalistes se contentent de donner à voir ; Le réalisme « reproduit simplement ce qu’il a sous les yeux » alors que « Les naturalistes ne restent pas à la surface. Ils dévoilent, font tomber les masques pour aller au-delà des apparences. » !
Pour résumer, les naturalistes traitent uniquement des sujets de vie quotidienne, ne peignent que des anonymes dans un milieu naturel et essayent de dépasser le réel en accentuant l’instantanéité du moment pour le rendre plus symbolique.
ARTISTES représentatifs du naturalisme ou du réalisme :


Ci-dessus, un beau diaporama sur l’œuvre de ce peintre.
Jules Bastien-Lepage est un peintre naturaliste français né en 1848 à Damvillers et décédé en 1884 à Paris. Mort à trente-six ans au sommet de sa gloire, cet élève de Cabanel, a marqué la peinture naturaliste d’une empreinte indélébile. Reçu premier en octobre 1868 au concours d’entrée à l’École des beaux-arts, il devient, après deux échecs au Prix de Rome, un des piliers du Salon. Ses portraits et tableaux de figures, impatiemment attendus par la critique, sont régulièrement commentés. Ils lui valent diverses récompenses et plusieurs d’entre eux sont achetés par l’Etat.
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Léon Augustin Lhermitte «La Paie des moissonneurs» 1882 Huile sur toile H. 215 ; L. 272 cm. Paris, musée d’Orsay

Les Cordonniers de Mont-Saint-Père (1880) Huile sur toile. On a souvent cité Rembrandt à propos de sa science du clair-obscur (ici évidente).
Léon Augustin L’hermitte beaucoup plus méconnu que les peintres cités dans cet article, est né le 31 Juillet 1844 à Mont-Saint-Père petit village de l’Omois dans le sud de l’Aisne. Son père, instituteur, remarque ses capacités au dessin et son goût pour la peinture. Il l’encourage dans ce domaine et lui permet de faire ses études aux beaux-arts ou son talent est rapidement remarqué. Grâce à son travail, il reçoit une bourse et peux continuer sa formation ou il reçoit l’enseignement de grands maîtres. Si ces deux toiles peuvent être qualifiées de “naturalistes” (aucun doute pour la première), une bonne partie de son œuvre pourrait être déclarée “académique” (dans respect des traditions, évitant les chapelles) incluant un cousinage avec l’impressionnisme !
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Ci-dessus un superbe diaporama sur le travail de ce peintre.
Julien Dupré (né le 19/03/1851, décédé le 15/04/1910) se dirige très tôt vers une carrière de peintre. Il fait les Beaux Arts dans les ateliers de Désiré François Laugée, puis de Isidore Pils et Henri Lechmann. Il se lie d’amitié avec Georges Laugée son futur beau-frère qui suit le même cursus que lui. Sa peinture très naturaliste s’attache à mettre en scène les travaux des champs dans leur dure réalité et à montrer la connivence entre l’homme et l’animal. Les personnages ne sont pas figés dans des poses académiques mais sont en mouvement dans l’action, dans l’effort comme dans le repos, montrant ainsi leur humanité. Les paysages, bien qu’imaginaires dans la plupart des cas, s’inspirent de la campagne picarde dans la région de Saint-Quentin et de Nauroy. Voilà un peintre indubitablement naturaliste.
Ici, un très beau texte sur une réflexion sur la nature, les physiocrates et illustré de toiles de Julien Duprè :
http://www.la-question.net/archive/2009/05/21/le-retour-sacre-a-la-terre.html
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Émile Friant est un peintre Lorrain né à Dieuze en 1863. Sa famille fuit l’invasion prussienne en 1870 et s’installe à Nancy. Il fréquente brièvement l’École professionnelle de l’Est (actuel Lycée Loritz), avant d’être repéré très tôt par Théodore Devilly, directeur de l’École des Beaux-Arts de Nancy. Il y étudiera avant de continuer ses études à Paris dans l’atelier du peintre Alexandre Cabanel. Exposant ses toiles dès l’âge de 15 ans, il devient à vingt ans second prix de Rome. En 1889, à l’occasion de l’exposition universelle, il reçoit la médaille d’or pour son tableau La Toussaint (première toile ci-dessus). Son avenir est alors assuré, son travail est reconnu, des commandes de toiles émanent de toute l’Europe et des États-Unis. Il deviendra membre du Comité directeur de l’École de Nancy dès 1901. Il enseignera à l’École Nationale des Beaux-Arts en 1906. En 1923, il devient membre de l’académie des Beaux-Arts. En 1931, il fut nommé commandeur de la légion d’Honneur. Il décède à Paris le 9 juin 1932, puis il est inhumé à Nancy, au cimetière de Préville.
Émile Friant est un peintre classé par tous dans les “naturalistes” et, appartenant au courant artistique de l’École de Nancy (bien que sa peinture ne soit pas dans le style Art nouveau). Il réalise principalement des scènes de la vie quotidienne ou des portraits. Ses amis ou sa famille lui servant bien souvent de modèle. À l’époque son style est parfois jugé comme trop réaliste ! En effet, le réalisme des œuvres de Friant est proche de l’aspect ou du rendu d’une photographie, nouvelle technologie qui le passionnait, mais la touche du peintre reste une touche pré-impressionniste. Là où son classement en tant que pur naturaliste est contestable, c’est dans l’analyse de la thématique et du traitement du sujet. En effet, la réalité peinte est scénarisée “volontairement”, le sujet l’emporte sur la réalité objective. Le message code le réel et construit sa propre réalité, son propre discours. L’œil du peintre et son message sont trop présents tels qu’ils l’étaient dans les mouvements picturaux contestés de jadis. Esthétisme et processus créateur évidents, l’orientent davantage vers les romantiques qui filtraient la réalité de leur propre sensibilité.
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Une exposition en 2010, la première depuis son décès !
Fernand Pelez (1848-1913) Élevé dans le cercle des illustrateurs romantiques, issu du cursus académique, fut ensuite élève de Cabanel. Fernand Pelez a centré son œuvre sur la condition humaine en se tournant brièvement dans les années 1880 vers une dominante naturaliste sous l’influence des tableaux de Jules Bastien-Lepage. Il se fait alors peintre de la misère parisienne, dans une manière naturaliste originale qui allie l’onirisme, et l’académisme dans une précision glacée. Ses « enfants mendiants » s’inscrivent dans une forme d’esthétique espagnole héritée de Murillo (peintre réaliste). Plus tard il se rapprochera du symbolisme. En 1889, il obtient une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1889, en 1891 il est décoré chevalier de la Légion d’honneur. En 1910 il fut promu officier de la Légion d’honneur. Comme on peut le constater à cette petite biographie, Fernand Pelez n’est pas non plus un peintre naturaliste à part entière, car il propose une œuvre très personnelle empreinte des toutes les mouvances artistiques de son époque. C’est un peintre à découvrir, d’une force picturale assez remarquable.
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