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Archive de la catégorie Le Baroque

Le Baroque (histoire de l’Art)

Les origines du mot « baroque » sont incertaines. Il proviendrait peut-être d’un terme technique de joaillerie, d’origine portugaise qui désigne l’irrégularité d’une perle. Dès la fin du XVIIIe siècle, le terme « baroque » entre dans la terminologie des critiques d’art pour désigner des formes brisées s’opposant à la proportionnalité harmonieuse (La Renaissance), comme aux normes antiques reprises par la tendance dite « classique » de la fin du XVIIe siècle, à savoir : proportion, harmonie, équilibre et symétrie.  Le baroque se caractérise, en opposition à la Renaissance, par une nouvelle relation entre l’être et le monde. Ce mouvement artistique s’est imposé partout en Europe catholique du XVIIe siècle (peinture, architecture, musique, lettres, style mobilier…). Il était au service des idées et des directives du Concile de Trente et de la contre-réforme. A partir de ce moment-là, l’Église catholique, richissime à l’époque, codifie et encourage un Art au service de la foi. Face à l’austérité protestante, le clergé catholique prêche une image vigoureuse, vivante et grandiose pour un art “chrétien” de l”exubérance et du faste. Les peintres baroques diffusent alors l’image vibrante d’un christianisme triomphant ouvert sur le monde et l’infini !
Il faut noter que le Baroque a trop souvent servi à cataloguer la peinture du 17e siècle, voire du 18e siècle. En fait cette peinture comporte davantage de nuances et expressions. Dans l’Italie du 17e siècle par exemple, deux écoles vont s’affronter :
-l’École éclectique des Carrache (Augustin, Louis et Annibal) qui conceptualisa et mit en œuvre une réforme de la peinture en s’inspirant des sources des maitres de la Renaissance et en fusionnant les divers aspects stylistiques.
-l’École naturaliste (le Spagnoletto, Luca Giordano) qui privilégiait le paysage, les objets inanimés ou les fleurs. Cette école venait de Naples et Rome.

Définion du baroque par Wolfflin

Selon son œuvre majeure “Principes fondamentaux de l’histoire de l’art” paru en 1915,  Wolfflin pose les cinq oppositions suivantes:

  • Le style classique est linéaire, il s’attache aux limites de l’objet en le définissant et en l’isolant. Le style baroque est pictural les sujets se rattachent tout naturellement à l’environnement.
  • Le style classique est construit par plans, le baroque est construit en profondeur.
  • Le classique est de forme fermée, le baroque est de forme ouverte.
  • L’unité du style classique se fait dans la claire distinction de ses éléments, celle du style baroque est une unité indivisible.
  • Le classicisme vise d’abord à la clarté, alors que le baroque subordonne l’essence des personnages à leur relation.

Le baroque efface volontiers les frontières entre la vie et la mort, le rêve et la réalité, le vrai et le faux. Il imagine le monde comme un théâtre et la vie comme une comédie. Il aime la surprise, l’héroïsme, l’amour et la mort. Il insiste aussi sur les différences entre les êtres, les sentiments et les situations. C’est un style plein de diversité et de contradictions. Il manifeste, en littérature, le goût des antithèses, des décalages, des hyperboles, et surtout des métaphores qui relient des univers différents. Préciosité et burlesque, deux autres mouvements esthétiques du XVIIème siècle, dérivent de cette sensibilité baroque.Il faut signaler ici, que le sens du mot baroque a été fortement détourné lors les siècles postérieurs, jusqu’à prendre une connotation péjorative qui serait synonyme d’extravagance et de désordre et, comme étant une œuvre mal bâtie, bizarre contraire au bon goût classique (essentiellement constaté en France). Ce qui est un pur détournement de la véritable essence du mot baroque en Art. Deuxième remarque, Le Caravage est sans contexte le peintre le plus influent de ce style et, pour toute l’histoire de l’Art : un peintre éminemment majeur, tous styles confondus.

L’ère Baroque se caractérise d’abord par une stabilisation de la division religieuse de l’Europe entre les pays Protestants (Allemagne, Pays-Bas) et ceux restés Catholiques (France, Espagne, Italie et Flandres), la Paix de Westphalie (1648) définissant des frontières qui vont rester globalement inchangées jusqu’aux guerres Napoléoniennes (1790).  L’art baroque est avant tout un art religieux . Né au XVIe siècle dans le contexte de la Contre-Réforme (baroque primitif), il est principalement utilisé par les Jésuites comme moyen de reconquête religieuse pour lutter contre le l’expansion du protestantisme, proposant notamment une représentation de la religion grâce aux arts picturaux. Cet art baroque, inspiré de la Réforme catholique, a pour fondement l’initiative du concile de Trente de réhabiliter les images (contestées par les protestants) en produisant un art qui s’adresse à la sensibilité du spectateur plutôt qu’à sa raison. Il inscrit notamment ses racines dans l’art caravagesque des années 1600, un artiste extrêmement novateur par le réalisme de ses sujets et l’utilisation des jeux d’ombre et de lumière qui noient les contours des corps et des objets. L’art baroque comprend de nombreuses distinctions régionales et recouvre des réalités sociales diverses. L’historiographie récente le reconsidère en l’abordant comme un outil d’expression formel. Elle associe l’art baroque brut et l’art baroque classique en faisant de la première forme expressive le refoulé de la seconde, les deux étant englobées par le terme général de « baroque ». Ainsi, pour définir le baroque allant de 1590 à 1650, on parlera de « plein-baroque » ou de « baroque primitif  », et de « classicisme  » pour désigner le baroque “recadré” des années 1650-1750. A ce propos, vous retrouverez de nombreux peintres de cette seconde période (1650 à 1750) classés également dans le style “classicisme”, notamment Philippe de Champaigne, par exemple (très classique par sa technique, mais très baroque sur les thèmes de ses toiles de scène).

 Le contexte historique :

Au niveau géographique, de nouvelles populations en Amérique centrale et du sud sont découvertes : on découvre que l’Europe n’est pas le centre de la terre. Au niveau scientifique, la révolution copernicienne a des résonances philosophiques : l’héliocentrisme remplace le géocentrisme de Ptolémée, d’où la thèse de la pluralité des mondes. Pour synthétiser :  la transformation des méthodes scientifiques et des idées philosophiques qui a accompagné le changement de représentation de l’univers du XVIe au XVIIIe siècle, faisant passer les représentations sociales accompagnant les représentations mentales de l’univers, d’un modèle géocentrique, selon Ptolémée (IIe siècle, déjà adopté au IVe siècle av. J.-C. par la plupart des Grecs), au modèle héliocentrique défendu par Nicolas Copernic.
Les guerres de Religion, qui sont des guerres civiles entre 1560 et 1598. La population est confrontée à la mort et à l’horreur. En effet, les guerres de religion opposent catholiques et protestants. Ce schisme est notamment concrétisé par le massacre de la Saint Barthélémy (en 1572), qui marque le début des hostilités qui ne prendront fin qu’en 1598, lorsque Henri IV mettra en place l’Edit de Nantes, qui accorde aux protestants la liberté de culte. Dans un tel contexte, l’omniprésence de la mort et le déchirement des Français entre eux créent un climat d’inquiétude dans lequel va se développer la sensibilité baroque. Issu de la crise religieuse du XVIe siècle, du déchaînement de violence des guerres civiles, le baroque est une réponse multiforme à l’angoisse de cette période.

Les grandes caractéristiques de l’Art Baroque :

  • Désagrégation du dessin : le volume des objets et des personnages n’est plus cloisonné par un dessin rigoureux. Le peintre gère lui-mê ses “contours” et pose des petites touches de peinture qui fondent les forme dans une atmosphère graphique.
  • Effets de lumière : l’éclairage dans un intérieur fermé vient d’une seul source de lumière. L’artiste utilise alors de violents contrastes (des clairs-obscurs)  hérités de l’enseignement du Caravage. La lumière n’éclaire que les zones prétendues les plus intéressantes.
  • Profondeur de l’image : l’espace n’est plus construit par des perspectives géométriques rigoureuses. Le peintre agence intuitivement la profondeur avec un seul degré d’espace qui converge vers un point central de la scène
  • Composition dynamique et ouverte:  l’art baroque refuse les compositions basées sur les lignes droites (verticales comme horizontales).
  • Recentrage du sujet : il n’y a plus de personnages secondaires, plus de décors indépendants, plus de para-sujets, les personnages sont regroupés en une seule masse homogène qui tend vers une unique motivation graphique et artistique.
  • Philosophie et esthétique du baroque : Le baroque efface volontiers les frontières entre la vie et la mort, le rêve et la réalité, le vrai et le faux. Il imagine le monde comme un théâtre et la vie comme une comédie. Il aime la surprise, l’héroïsme, l’amour et la mort. Il insiste aussi sur les différences entre les êtres, les sentiments et les situations. C’est un style plein de diversité et de contradictions. Le baroque est souvent défini comme le contraire du classicisme : l’esthétique classique est stricte ; elle enferme les formes dans des lignes droites, harmonieuses certes, mais figées. Le baroque privilégie la matière colorée et les formes en mouvement, les courbes, les métamorphoses. Il ne fait qu’indiquer des directions et vit dans la diversité. Si le classique éprouve une fascination pour la clarté, le baroque privilégie les contrastes en faisant ressortir la lumière de l’ombre. Le classique veut être stable, profond et universel, comme le monde tel qu’on le rêve à l’époque de Richelieu et sous le roi Louis XIV. Le baroque, lui, souligne le fait que le monde est inconstant, et que le temps s’écoule, en transformant les êtres et les choses.

Le baroque primitif ou plein-baroque (né en Italie)

  1. « l’école de Bologne »  L’École de Bologne représentée par les frères Carrache (Carracci), rejettent dans son entièreté le maniérisme des années précédentes et proposent des œuvres monumentales. Dans leur studio de Bologne, Annibale et Ludovivo Carracci (1560-1609 et 1555-1619) expérimentèrent tous les genres de peinture. Ils créèrent les premières formes de paysage baroque ainsi que les premières caricatures modernes, combinant l’animation de Correggio (1494-1534), la couleur et la composition de Raphaël et le dynamisme des figures de Michelangelo. Ils redéfinissent le quator rouge-bleu-jaune-vert, abandonnant les myriades de couleurs des Maniéristes. L’utilisation de la couleur ainsi que le mouvement vivant des personnages devint les traits principaux de l’École Bolognèse, dont firent parti Domenichino (1582-1641), Guercino (fervent représentant de l’École) et Guido Réni (qui rejoignit après hésitation cette école bolonaise). Ils proposent ainsi, pour contrer la décadence du maniérisme, une réforme qui est en fait un retour au classicisme, profane et sensuel à la fois. Il est par ailleurs intéressant de remarquer que Annibale a étudié à Venise Tiziano (Titien) et Véronèse.
  2. « l’école napolitaine » L’Ecole napolitaine représentée par Le Caravage qui peint plus en finesse, tirant parti des jeux d’ombre et de lumière. Il est plus proche d’un certain naturalisme. Parfois reconnue comme la plus ancienne de toutes (XIe siècle) l’école napolitaine désigne une des écoles italiennes de peinture, née à Naples et influente jusqu’en Campanie, dans les Pouilles et en Calabre. Parfois qualifiée de giottesque suite à l’influence de Giotto di Bondone, ses protagonistes sont essentiellement baroques, voire rococos, parfois inspirés des tendances françaises et siennoises. Au XVIe siècle, la peinture connut un formidable développement, notamment à Rome, Florence, Venise, Parme, Mantoue, etc. Contrairement à ses compatriotes, l’école napolitaine n’a pas réellement compté de style original ou d’artiste phare jusqu’à l’arrivée de Caravage . Il fallut tout le génie d’un Caravage pour lui donner ses lettres de noblesse et porter à nos mémoires le temps d’un âge d’or aussi lointain. Un art vivant et théâtral qui vous transportera dans la chaleur méridionale des intérieurs baroques de la Renaissance italienne. En effet, l’école de Naples se contenta d’adopter les principales qualités de ses consœurs, en particulier l’école romaine, suite au saccage de la ville éternelle en 1527. Nombreux furent les artistes romains à quitter la région pour se réfugier à Naples, y fortifiant ainsi l’influence de l’école romaine. L’on observe ainsi la trace de multiples influences, tantôt régionales, tantôt étrangères et plus ou moins contradictoires entre elles, ce qui donnera tout son charme à l’école napolitaine.La première moitié du XVIIe siècle constitua l’âge d’or par excellence de la peinture napolitaine  ; Apogée consécutive à  la présence déterminante des maîtres étrangers précédemment cités. Parmi eux le Caravage qui y séjourna à deux reprises, bientôt suivi  l’Espagnol José de Ribera. A eux deux, ils vont révolutionner cette école napolitaine, force de couleurs raffinées, de jeux de clairs-obscurs,  et d’illusions spatiales. Peintures historiques aux personnages tourmentés, natures mortes, portraits intimistes ou sensuels, et autres scène bibliques  et mythologiques foisonnent alors, délivrant alors la peinture napolitaine de son caractère jusqu’alors jugé « provincial » pour remplir de sa réputation l’Europe entière. (le Caravage, G.Tiépolo).

Le baroque “post-caravagiste” (Hollande - Flandres)

Le Baroque arrive au XVIIe siècle dans le Nord, où il remporte un grand succès, puisque les peintres seront les plus grands du siècle : Rubens, Van Dyck… Puis le style flamand évoluera de manière particulière sur l’étude du clair-obscur, dont le maître sera Rembrandt et Frans Hals (1580-1660) tout deux hollandais. Le baroque flamand reste dominé par Rubens. L’influence du Caravage, des frères Carrache et de Michel-Ange est déjà manifeste dans ses œuvres de jeunesse telles que l’Enlèvement des filles de Leucippe. Mais c’est à la période de maturité de son œuvre, composée de couleurs flamboyantes, de structures dynamiques et de formes féminines et sensuelles, que la peinture baroque flamande atteindra véritablement son apogée. Anthony Van Dyck, élève de Rubens, s’inscrit à sa suite comme rénovateur de l’art du portrait (Portrait de Charles Ier à la chasse, 1635, musée du Louvre, Paris). Jacob Jordaens et Adriaen Brouwer sont plus connus pour leurs scènes paysannes, qui influencent également David Teniers et Adriaen Van Ostade. Dans les pays protestants, la réforme iconoclaste (interdiction des peintures en église) fit perdre de nombreux marchés aux peintres, mais la croissance de la bourgeoisie amena un développement encore plus important de la peinture, cette fois orientée vers les plus petits détails de la vie quotidienne, en contradiction. avec la peinture aristocratique des Catholiques. Dans le Nord de l’Europe les divisions de religions furent exacerbées entre les Flandres catholiques et les Pays-Bas protestants, mais dans cette partition religieuse, Vermeer est parfois classé dans les artistes « classiques » par la tradition . Au tournant du XVIIe siècle, de nombreux artistes hollandais, tels que Hendrick Goltzius, restaient attachés au maniérisme. Le baroque caravagesque fut  introduit aux Pays-Bas lorsque plusieurs artistes, dont Gerrit Van Honthorst et Hendrick Terbrugghen (1558-1629), rentrèrent d’Italie. C’est dans les années 1620 que le naturalisme caravagesque parvint à Utrecht. Toutefois, il est difficile de parler d’un véritable baroque hollandais et on évoquera plutôt pour les œuvres de l’époque les caractéristiques baroques qu’on y décèle. La peinture de Frans Hals réunit ainsi, entre les années 1620 et 1640, certaines spécificités baroques comme le goût de l’émotion et de la vitalité, l’art de saisir la spontanéité du modèle, les axes en diagonale, présentes, par exemple, dans  le Joyeux Buveur (v. 1628-1630), Rijksmuseum, Amsterdam). Chez Rembrandt, la parenté avec le baroque ne se manifeste qu’entre 1632 et 1639. Mouvement, éclairage, sujets bibliques ou mythologiques ne sont en réalité que des moyens expressifs employés par un peintre dont l’œuvre dépasse les styles.

Le baroque “amendé” (France)

La France reste un cas particulier dans ses rapports avec l’influence baroque. Au début du XVIIe siècle, la tradition de l’école de Fontainebleau était encore  active. Ainsi, en 1619, la chapelle de la Trinité était décorée des tableaux de Martin Fréminet (1567-1619) et les gravures de Jacques Callot (1592-1635) et de Jacques De Bellange (v. 1575-1616) continuaient de s’inscrire dans la tradition maniériste. Au 17ème siècle, les jeunes artistes français lauréats du Prix de Rome obtenaient une bourse d’études afin de poursuivre leur formation à Rome pendant quatre ans. Ils seront bien entendu influencer par les peintres baroques italiens et ramèneront en France les techniques et les conceptions artistiques propres au mouvement. Cependant, les peintres français ne laisseront pas l’exubérance italienne envahir complètement leurs œuvres et resteront plus proches des règles établies. Certains peintres comme Valentin de Bologne, ont introduit en France le naturalisme caravagesque dont on trouve l’écho dans les clairs-obscurs de Georges de La Tour. D’autres, comme les frères Le Nain ou Philippe de Champaigne, ont eu davantage de liens avec les peintres flamands. Les influences sont donc diverses et les interprétations variées. Ainsi, bien qu’il ait passé la plus grande partie de sa carrière à Rome, Poussin est devenu en France le paragon du classicisme tandis que Charles Le Brun fut celui qui poursuivit dans la voie indiquée par les Carrache.

La peinture baroque espagnole

L’Espagne du XVIIe siècle ne fut guère influencée par le maniérisme du Greco. C’est de l’Italie que vint le renouveau.À l’époque de la Contre-Réforme, Vincente Carducho, artiste florentin, importa en Espagne un style de peinture anti-maniériste qui fit des émules. Juan Sánchez Cotán (v. 1561-1627) et Juan van der Hamen (1596-1631), peintres de natures mortes réalistes, mêlaient influence hollandaise et caravagisme. À Valence, le style baroque naturaliste apparaît dans  l’œuvre de Francisco Ribalta (1565-1628), encore inspiré par la haute Renaissance italienne et Titien et par José de Ribera. Séville et Madrid devinrent les deux plus grands centres de l’art baroque espagnol avec, au début du XVIIe siècle Juan de las Roelas (!?-1625), Francisco Pacheco (1564-1654), et Francisco de Herrera le Vieux. Installé à Séville dès 1629, Francisco de Zurbarán subit l’influence du naturalisme caravagesque et de la sculpture polychrome. Il travailla presque exclusivement pour les couvents et les monastères. Les œuvres du Caravage circulèrent à Séville à partir de 1603. Leur popularité s’explique en partie par la forte influence réaliste qu’elles eurent sur Vélasquez. En 1623, Vélasquez s’installa à Madrid où il devint le portraitiste de Philippe IV. C’est là qu’il commença à utiliser des thèmes mythologiques et à développer son art du portrait royal (les Ménines, 1656, musée du Prado, Madrid). Contemporains de Vélasquez, Alonso Cano et Murillo étaient également originaires d’Andalousie. Cano (également sculpteur et architecte) fut célèbre pour ses rendus délicats de peau, comme dans Tombé dans l’oubli (v. 1650, Los Angeles County Museum of Art), l’un des rares nus du baroque espagnol. Murillo fut avant tout un peintre religieux. Il apporta au baroque espagnol une majesté et une poésie manifeste dans l’Immaculée Conception (1678) de l’hôpital des Vénérables Sacerdotes, à Séville. Un des meilleurs représentants de l’école sévilienne de l’époque est encore Juan de Valdés Leal (1622-1690) dont la peinture mouvementée, qui décrit la passion parfois jusqu’à la violence, est souvent considérée comme l’apogée du baroque espagnol. À Madrid, la dernière génération de peintres baroques compte Francisco Rizi (1614-1685), Juan Carreño de Miranda (1614-1685) et Claudio Coello (1642-1693), artistes qui cultivèrent un style inspiré du haut baroque italien.

Le baroque en Amérique espagnole et au Brésil

L’Amérique espagnole tout entière et le Brésil possèdent d’innombrables œuvres baroques. Au XVIIe siècle, les façades et les retables d’églises mexicaines dissimulent leur architecture sous la prolifération des sculptures et d’enluminures (exemple : le retable de San Francisco, à Acatepec). Au XVIIIe siècle, la frénésie décorative augmente (Tepotzotlan). On la retrouve au Brésil, lorsque la talha y transforme en grottes de merveilles l’intérieur, jusque-là austère, des églises de Bahia ou de São-Bento à Rio de Janeiro. D’où la tentation d’attribuer cette surenchère du baroque européen à une sorte de revanche de la tradition indigène totalement détruite par les colonisateurs. La conquête fut immédiatement suivie de l’évangélisation : on demanda des missionnaires à la métropole et, pour les églises, des plans et des artisans. Les ordres religieux apportèrent aussi leurs propres traditions architecturales : augustins, dominicains, franciscains et Compagnie de Jésus. Comme l’a montré Marcel Toussaint (Arte colonial en México), après l’empirisme des premières années, les constructions du XVIe et du premier tiers du XVIIe siècle présentèrent la dernière expression de l’art médiéval dans le monde, pour ensuite basculer vers le style de la Renaissance.

Le baroque dans les pays danubiens

L’Europe centrale, des Alpes jusqu’à la vallée du Danube et au Main, en Souabe, en Bavière, en Saxe, en Autriche, en Bohême, en Hongrie constitue un vaste et original secteur du baroque. Les œuvres d’architecture (cathédrales, abbatiales, monastères, palais, châteaux), de sculpture et de peinture y sont innombrables et diverses. En Bohême, la guerre de Trente Ans (1618-1648) accumula les ruines en Allemagne, mais aboutit à la consolidation des Habsbourg dans leurs États héréditaires et à une transformation de la société. L’aristocratie (ecclésiastique et laïque) devint plus puissante que jamais sur le territoire de vastes seigneuries et domina la paysannerie, tandis que s’amenuisaient les classes intermédiaires (chevaliers et bourgeois des villes royales). A titre d’exemple, un officier noble très ambitieux accumula, par l’intrigue et la spéculation, une immense fortune et l’employa en partie à des constructions (son palais de Prague vers 1630, le premier dans la série des résidences fastueuses que les nobles devaient construire en ville, et qui se distingua par l’ampleur des proportions et son style italien : la sala terrena). Prague et Vienne devinrent alors deux grands centres d’art baroque. Le culte de la Trinité, la dévotion envers la Vierge (au XVIIIe siècle en Bohême, à Saint-Jean-Népomucène) se traduisent par des colonnes votives après les épidémies de peste, fléau endémique dans ces régions. Celle que Léopold Ier fit élever sur une place de Vienne est, par son symbolisme, l’une des meilleures expressions de la piété baroque.
En Autriche et pays de la haute vallée du Danube, entre 1690 et 1720 s’ouvre une grande période d’art baroque.  Jusque dans les églises des campagnes, les autels, avec les retables dorés et peints, la surabondance des statues, des chandeliers, des fleurs, semblent parés pour une fête. Le baroque danubien répond à une perpétuelle représentation. Fresques, tableaux d’autel, statues ont été multipliés pendant toute la période dans les pays de la maison d’Autriche. Mais les artistes ayant peine à satisfaire la clientèle locale, leur réputation, de leur temps même, n’a pas franchi les frontières. Ainsi sont injustement méconnus les noms des peintres autrichiens : P. Troger, Altomonte, Gran qui décora la bibliothèque impériale à Vienne, Rottmayr ; en Bohême, de Brandl et de Reiner. Un autre domaine du baroque, original lui aussi, s’étend des Alpes au Danube et passe jusqu’au Main. Dans cette région, les abbayes et les monastères, auxquels les revenus fonciers assurent une assez longue période de prospérité matérielle, furent reconstruits alors sur l’initiative de supérieurs originaires du pays même, la plupart hommes très cultivés. Autour du lac de Constance, petite Méditerranée alpine, le mode de construction du Vorarlberg (église à contreforts intérieurs ou Wandpfeiler), la technique des stucateurs de Wessobrunn (actuelle Bavière) sont adoptés par les architectes des grandes abbatiales de Suisse (Einsiedeln) ou d’Empire (Ottobeuren, 1748-1766, par J. M. Fischer). Moins par les techniques, et plutôt par le caractère, l’esprit général et la décoration fleurie, ce baroque d’entre Alpe et Danube se distingue de celui de Rome et des pays danubiens : même dans la monumentalité, quelque chose de plus familier, de moins triomphal ou pathétique, un climat d’allégresse et de douceur. Dans la décoration, une joliesse et un perpétuel sourire qui le rapprochent du goût délicat du rococo.

Ci-dessus, un beau diaporama sur la peinture baroque.

 Les grands peintres de l’Art baroque :

Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage, est un peintre italien né le 29 septembre 1571 à Milan (ou pour d’autres à Caravaggio en 1573) et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole. Son œuvre puissante et extrêmement novatrice révolutionna la peinture du XVIIe siècle par son caractère naturaliste, son réalisme parfois brutal, son érotisme troublant et son emploi de la technique du clair-obscur qui influença nombre de grands peintres après lui. La famille Merisi se rend à Caravaggio en 1576, fuyant l’épidémie de peste qui tuera son père. En 1584, revenu à Milan il entre en apprentissage pour quatre années chez Simone Peterzano, un peintre maniériste milanais ancien élève du Titien. En 1590, luttant contre la misère et une santé précaire, Le Caravage perd sa mère et part pour Rome ou il fera un court stage chez Giuseppe Césari dit le Cavalier d’Arpin, ou il peignit des natures mortes de fleurs et de fruits. Le Caravage y peignit ses deux premières œuvres: Garçon à la corbeille de fruits et Bacchus malade. L’artiste vivra en exécutant des commandes pour des collectionneurs privés, notamment la Cardinal Francesco Del Monte qui l’hébergeras dans son palais en 1595, Le Caravage réalisa pour lui les trois tableaux de genre: Les Tricheurs, La Diseuse de bonne aventure et Le Joueur de Luth. Moins de 10 ans plus tard, on parle de lui comme celeberissimo pittore, protégé par des mécènes illustres et puissants. Mais son tempérament colérique et violent lui vaut aussi des démêlés avec la police : querelles, rixes, affaires de mœurs. En 1607, accusé d’avoir tué un certain Tomasi au cours d’une rixe, il est condamné à mort et doit fuir Rome. Il part d’abord à Naples, puis à Malte où il arrive en juillet 1607, puis il fuit vers la Sicile. Il meurt de la malaria en 1610, sur le chemin du retour à Rome. Son art se distingue par le traitement contrasté de la lumière qui dramatise le sujet, traité par ailleurs sur le mode d’un réalisme objectif associé à une dimension méditative. Le naturalisme avec lequel l’artiste traita à plusieurs reprises les scènes religieuses suscita l’indignation du clergé. Il a trouvé, dans son art, une sorte de « rédemption à toutes ses turpitudes », mais il fallut attendre le début du XXe siècle pour que son génie soit pleinement reconnu, indépendamment de sa réputation sulfureuse. Initiateur du clair-obscur, il donna son nom à un mouvement, le caravagisme, qui s’étendit à l’ensemble de l’Europe, particulièrement en Espagne et dans les Pays-Bas (on aura peut-être l’occasion d’en parler dans d’autres articles ou pages).

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/le-caravage-les-tricheurs-1595
Les tricheurs, 1595

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/le-caravage_sacrifice-de-isaac-1602.jpg
Le sacrifice d’Isaac, 1602

 

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/le-caravage_l-amour-victorieux-1603.jpg
L’amour victorieux, 1603

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/le-caravage_Judith-et-Holopherne-1599.jpg
Judith et Holopherne, 1599

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/lle-caravage_vocation-st-mathieu-1599.jpg
La vocation de Saint Mathieu, 1599

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Philippe de Champaigne, né le 26 mai 1602 à Bruxelles et mort le 12 août 1674 à Paris, est un peintre français classique d’origine brabançonne (Belgique). Né dans une famille pauvre, jeune, Philippe de Champaigne refuse d’intégrer l’atelier de Rubens à Anvers. C’est un élève de Jacques Fouquières, peintre paysagiste à Bruxelles. Il souhaite visiter Rome mais s’arrête à Paris en 1621. Il a alors 19ans et se fixe au quartier latin au collège de Laon où il se lie d’amitié avec Nicolas Poussin et travaille chez les maniéristes Georges Lallemand et Nicolas Duchesne, dont il épouse la fille en 1628. Il quitte l’atelier de Lallemand vers 1625 et commence à travailler pour son compte. Ayant regagné Bruxelles il est rappelé un an plus tard par Claude Maugis, intendant des bâtiments de Marie de Médicis pour participer à la décoration du palais du Luxembourg, dont les pièces maîtresses sont une série de grand tableaux relatant la vie de la commanditaire par Rubens. Champaigne y peint plusieurs fresques des plafonds. Il décore également le carmel du faubourg Saint-Jacques, l’un des chantiers préférés de la reine mère. À partir de 1648, il se rapproche des milieux jansénistes et devient le peintre de Port-Royal à Paris, puis de Port-Royal-des-Champs où il exécute une série de tableaux. Après 1654, il se heurte à la concurrence de Charles Le Brun. Il décore l’appartement d’Anne d’Autriche au Val-de-Grâce ainsi que le réfectoire de cet hôpital. Honnête homme dans toute la force du terme, Philippe de Champaigne n’eut pas l’élan d’imagination ni l’ardeur de tendresse capables de renouveler les sujets religieux. II compose sagement selon la formule. La froideur ordinaire de ses ordonnances, son coloris déteint et blême, son renoncement à tout ce qui n’est pas l’idée pieuse en font par excellence le peintre du jansénisme et des couvents. En revanche, c’est un portraitiste de premier ordre.

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/Philippe-de-Champaigne_louis13-Siege-La-Rochelle-1628.jpg
Louis VIII au siège de La Rochelle, 1628

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/philippe-de-champaigne_Anne-d-Autriche-et-ses-fils-1664.jpg
Anne d’Autriche et ses fils priant… 1664

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Rembrandt Harmenszoon van Rijn, habituellement désigné sous son seul prénom de Rembrandt est né à Leyde (Pays-Bas) en 1606 et est mort à Amsterdam (Pays-Bas) le 04/10/1669.
Né à Leyde, d’un père meunier, Rembrandt semble tout d’abord se destiner à une carrière plus intellectuelle. Parlant déjà le latin, il entre à l’université dès sa quatorzième année mais ne tarde pas à réaliser que ce chemin ne lui convient pas et se forme alors chez différents maîtres. Rembrandt a produit environ 600 peintures, 300 eaux-fortes et 2000 dessins. Son goût pour les autoportraits (il en a réalisé une centaine tout au long de sa carrière) nous permet de suivre son évolution personnelle, tant physique qu’émotionnelle. Le peintre se représente sans concession, avec ses défauts et ses rides. Une des caractéristiques majeures de son œuvre est l’utilisation de la lumière et de l’obscurité (technique du clair-obscur), qui attire le regard par le jeu de contrastes appuyés. Les scènes qu’il peint sont intenses et vivantes, dépourvues du formalisme que l’on pouvait rencontrer chez certains de ses contemporains. Ce n’est pas un peintre de la beauté ou de la richesse, il sait montrer la compassion et l’humanité, qui ressortent dans l’expression de ses personnages, qui sont parfois pauvres et âgés. Ses thèmes de prédilection sont le portrait (et les autoportraits) ainsi que les peintures bibliques. Il a fait peu de paysages (cela est moins vrai pour l’œuvre gravé) ou de thèmes mythologiques.

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La leçon d’anatomie du professeur, 1632
http://www.maitrise-orthop.com/corpusmaitri/orthopaedic/86_masquelet/masquelet.shtml

http://www.bjl-multimedia.fr/real_tv/rembrandt_ronde-de-nuit-1642.jpg
La ronde de nuit, 1642

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